Blog

Flashback Cuba n°7 - Santiago de Cuba

Je me réveille sans trop me rappeler où je me trouve, je me remets les idées en place et sors de ma chambre. Il est tôt, le jour va bientôt se lever. Je salue la famille qui m’a si gentiment hébergée. Ils m’offrent un jus de fruit pour le petit déjeuner et nous discutons dans le salon, au rythme du balancement des chaises à bascule. Au mur sont accrochées quelques photos de famille, et je remarque la photo d’une jeune fille habillée comme une princesse. Ils m’expliquent que c’est leur fille pour le jour de ses 15 ans. A cette occasion les cubains font une grande fête (c’était autrefois l’âge à partir duquel l’on pouvait songer au mariage et si l’on se marie un peu plus tard de nos jours, la coutume est restée). Elle est vraiment très belle !

A la lumière du jour, je me rends compte que l’appartement se trouve dans un petit HLM en piteux état, sans eau courante, et comme d’habitude, tous les balcons sont grillagés comme une prison, si c’est pour se protéger des cambriolages je trouve la situation assez ironique : si voleur il y a, son butin serait bien maigre… La batterie a chargé toute la nuit dans l’appartement, Joseph la remet en place et nous reprenons la route vers 7h00 après avoir remercié chaleureusement le mécanicien, avec une de ses amies qui veut aller dans un village sur notre route. Il nous reste environ 180 km jusqu’à Santiago de Cuba.

Je commence à mieux comprendre le mode de circulation local et notamment l’utilisation du klaxon auquel on a recours sans modération ici : le klaxon a de multiples signification du genre « Attention véhicule, je te double », « Attention à toi piéton qui descend du camion, je passe », « Attention piéton qui s’apprête à traverser, au cas ou tu ne m’aurais pas vu, j’arrive et si tu ne veux pas que je t’écrase, laisse moi passer » et j’en passe. Si on klaxonne longtemps et en continu, ça correspond qu coup de klaxon « classique » de chez nous = danger imminent ! C’est donc un véritable concert en ville !

A partir de Balamo, on change de décor, les montagnes font leur apparition en arrière plan, le climat paraît plus sec, nous croisons beaucoup de champs en brûlis pour les rendre plus fertiles. Dans les villes, j’aperçois les employés de la commune qui coupent l’herbe des espaces verts à la faucille, et à la force de leurs bras. Joseph continue à guetter les cafés sur la route, et quand nous faisons une pause, il faut pousser la voiture pour qu’elle reparte. Épique !

Un peu plus tard, la région devient plus verte, les petits étalages de vendeurs sur le bord de la route de fruit se diversifient : les variétés de fruits sont plus nombreuses, j’aperçois notamment des ananas… mmmh ! Il y a aussi plus de chevaux, des bœufs au travail pour labourer les champs, des ânes aussi. Dans les champs de canne à sucre c’est le temps de la récolte pour les paysans (à la main vous l’aurez compris). Le paysage se charge en palmiers royaux, un des emblème de Cuba, et au loin, le « Pico Turquino » émerge des nuages suivi d’une chaîne de montagne. C’est le plus haut sommet de Cuba qui domine la sierra Maestra du haut de ses 2000 mètres. C’est le plus important massif montagneux de l’île (environ 150 km de long pour 50 de large). Je cite le Guide du Routard pour le clin d’œil historique :

Ce n’est que canyons abrupts, vallées sauvages, gorges escarpées, grottes obscures, et crêtes balayées par le vent. Le monte, sorte de petite jungle broussailleuse, couvre les flancs des monts et rend encore plus difficile leur accès. Peu de villages, peu d’habitants. Quelques rares routes, et de pauvres chemins souvent en mauvais état. Pour une guérilla révolutionnaire, voilà le cadre idéal pour se cacher et harceler sans cesse l’adversaire. « Chaque accès de la sierra Maestra est comme le défilé des Thermopyles, chaque col devient un piège mortel », déclara Fidel Castro du temps où il se cachait dans ces montagnes impénétrables, de décembre 1956 à novembre 1958. Il y créa le foyer de la guérilla révolutionnaire cubaine et, avec à peine 300 hommes, réussit à défier, et finalement à vaincre, les troupes de Batista, évaluées à 10 000 hommes.

La pollution elle, ne change pas : nous continuons à croiser d’énormes nuages noirs qui se dissipent en un épais brouillard et empestent. Je n’ai pas non plus parlé des panneaux de propagande qui bordent la route assez régulièrement :

  • « Trabajar por una vida mejor » (travailler pour une vie meilleure)
  • Trois panneaux se suivent : « Héroïsme et rébellion », « Dignité et histoire », « Révolution et histoire »
  • Sur une usine : « Trabajar duro » (travailler dur)
  • « En nosotros la victoria »

Nous arrivons vers Santiago de Cuba vers dix heures. Première vision en périphérie de la ville : la banlieue un peu éloignée de la route pour la cacher, digne d’un bidonville fait de bric et de broc. Santiago est une très grande ville, extrêmement polluée par l’importante circulation… tout ce que j’aime. Joseph me dépose au terminal de bus où à peine j’ai pris congé que des tas de mecs se jettent sur moi pour me proposer des taxis. Je ne parviens à m’en défaire qu’en entrant dans le terminal où ils n’ont pas le droit d’entrer (mais il reste à la porte pour m’appeler et tenter de me convaincre encore). Je regarde les possibilités pour me rendre à Baracoa (des premières impressions que j’ai eu je sais déjà que je ne vais pas apprécier Santiago, je ne suis pas très « ville » d’origine). Le prochain bus part demain matin. Dans la file d’attente, je fais la connaissance de Pamela et Denis qui viennent des Etats-Unis et voyagent en voilier. Leur bateau est resté au nord-est de l’île et ils en profitent pour se balader un peu. Ils vont aussi à Baracoa et me proposent de les rejoindre dans leur casa particular car ils ont un troisième lit disponible. J’accepte avec plaisir !

A Santiago de Cuba, les rues sont escarpées alors les moto-taxis sont une bonne alternative pour ne pas avoir à monter à pied

A Santiago de Cuba, les rues sont escarpées alors les moto-taxis sont une bonne alternative pour ne pas avoir à monter à pied

J’y dépose mes affaires puis je pars explorer la ville. C’est une ville tout en relief, avec des rues qui jouent à qui sera plus pentues que l’autre. Les façades de quelques maisons ont été refaites, mais ces jolies façades sont là pour cacher la misère : si on est un peu curieux, on voit rapidement que souvent le reste de la maison est délabrée (!), mais il faut faire bonne impression pour les touristes… Sinon, les maisons ici sont plutôt sommaires, on voit de tout : des tuiles ou des tôles ondulées pour les toitures, en générale des maisons en dur dans les villes mais de construction rustique parfois ou dont l’intérieur est très basique : un évier, une couchette, le sol laissé en terre. L’ameublement se résume en général à : des fauteuils à bascule, une télévision, des oiseaux en cage, un ventilateur parfois quelques bibelots, meubles en bois et photos. Un t-shirt déchiré ou un vieux short fera office de paillasson.

Un mur plein de couleurs que j'aimais bien

Un mur plein de couleurs que j’aimais bien

On croise aussi souvent des maisons à moitié construites, en partie habitées : elles seront terminées quand leurs propriétaires auront les moyens de le faire. La terrasse en toiture sera alors transformée en un étage supplémentaire, ou une nouvelle pièce fera son apparition au rez-de-chaussée. A la campagne, il y a plus souvent des maisons en planches de bois, comme celle de Lexi. Un avantage ici comme dans tous les Caraïbes et les pays chauds de façon générale, le froid n’existant pas, il n’est pas nécessaire de se poser la question de l’isolation (ni thermique, ni sonore d’ailleurs…) : pas besoin de fenêtres, les persiennes et/ou barreaux métalliques suffisent.

Cathédrale épiscopale Michael Ramirez de Salamanque, Santiago de Cuba

Cathédrale épiscopale Michael Ramirez de Salamanque, Santiago de Cuba

Il y a un très beau point de vue sur la ville depuis la grande terrasse du Balcón de Velázquez qui surplombe toutes les toitures. Pour prendre une photo, ce sera 1 CUC : vous n’en verrez donc pas… j’ai du mal avec ce genre de concept. Un étudiant en tourisme me propose de me décrire ce qui se voit depuis la terrasse mais je le remercie mais j’ai un guide. Il me prend alors par la pitié (ce que je n’aime pas vraiment) en m’expliquant qu’il n’est pas payé pour travailler ici, il est stagiaire et doit obtenir son diplôme en tourisme pour commencer à gagner de l’argent. En attendant, les pourboires des touristes et l’organisation de visites de Santiago lui permettent de subvenir aux besoins de sa femme et ses deux filles. Il me parle ensuite de la « libreta », cette carte mensuelle accordée par l’état censée subvenir à leur besoins en leur distribuant mensuellement des produits de premières nécessité : riz, haricots, lait en poudre si vous avez des enfants en bas âge, sucre, yaourt de soja, bananes, viande, quelques légumes… Il n’y a que les aliments de base, parfois un petit morceau de savon, mais ici c’est un luxe. On oublie le shampoing, la crème solaire (ici le soleil tape fort), et autres mets plus délicats. Pour tous ces autres produits, s’ils souhaitent se les procurer, ce sera en CUC (la monnaie des touristes) dans des magasins destinés plutôt à ces derniers. Shampoing et crème solaire oscillent aux environs de 7€ le flacon, soit un demi-mois de salaire moyen : un peu comme si vous deviez payer votre bouteille de shampoing 400€ en gros. Après il y a quelques fermiers qui vendent leur production soit dans une petite échoppe, en se postant au coin d’une rue ou en déambulant avec leur sifflet pour s’annoncer. Le tout en moneda nacional (1 CUC = 24 pesos), donc à des prix beaucoup plus abordables pour eux. L’étudiant réussira aussi à caser dans la conversation « Your eyes are like butterfly… » : il est temps pour moi d’y aller !

Balcon de Velazquez, Santiago de Cuba

Balcon de Velazquez, Santiago de Cuba

Point de vue Santiago de Cuba

Point de vue Santiago de Cuba

Bon vous l’aurez compris, je ne vais pas grand-chose à vous raconter sur la ville. Santiago de mon point de vue : circulez, pas grand-chose à voir ! Quelques photos toutefois :

Je retrouve Pamela et Denis qui me propose de les accompagner dans une école où ils donnent des cours d’anglais. Je fais la connaissance du professeur et d’une jeune fille de 19 ans qui l’aide. Elle n’a pas pu poursuivre ses études en psychologie car elle a échoué au test de math du socle commun à toutes les poursuites d’études et enseigne l’anglais en attendant. Nous discutons un peu, puis nous allons goutter les « meilleures glaces de Santiago » selon le professeur : le cadre est sympa, mais les glaces ne sont pas exceptionnelles. Plus tard je leur propose de les inviter dans un restaurant. Ils acceptent, mais nous demandent de passer par les petites rues car les contrôles des policiers sont fréquents lorsque les cubains sont vus en compagnie d’étrangers… Bienvenu à Cuba.

La classe d'anglais, Santiago de Cuba

La classe d’anglais, Santiago de Cuba

Nous passons une bonne soirée tous ensemble mais nous aurons attendu plus d’une heure pour être servis (alors qu’il n’y avait que deux tables…) ! Si ça n’avait tenu qu’à moi, je serai partie.

P1040754 (800x600)

Le lendemain matin, nous décollons à 6 heures pour prendre le bus pour Baracoa.

0

Posted:

Categories: Caraïbes, Cuba

Latest news !

 – Ce message restera toujours en tête de la page « Blog » pour vous permettre de voir un peu où j’en suis quand je n’arrive pas à être à jour en temps voulu ! –

– Comme il m’est parfois plus difficile de poster sur le site que sur facebook, j’ai créé une page, accessible à tous (y compris ceux qui ne souhaitent pas ouvrir un compte facebook) sur laquelle je poste des nouvelles courtes et des photos plus régulèrement :

Page fb 33 tour

01.07.2014 – Hong-Kong

Après avoir passé 4 mois à bord de Victoria (bateau-stop) et traversé une partie de l’océan de l’Equateur à Tahiti en passant par l’île de Pâques et l’archipel de Gambier (où j’ai passé un mois et demi), j’ai décidé de faire un bon en avant pour avoir le temps de me consacrer à une des parties de mon voyage qui compte le plus pour moi : la Mongolie et l’Asie centrale. J’ai donc pris un vol direct Tahiti – Hong-Kong pour faire un visa pour la Mongolie.

Transition f

Juste avant de quitter Victoria !

Juste avant de quitter Victoria !

C’est là que je suis en ce moment même depuis 2 semaines, et quelle surprise ! Je m’attendais à des tours à perte de vue, et si la ville de Hong-Kong est certe ainsi, la RAS (République Administrative Spéciale) de Hong-Kong est constituée de nombreuses îles et 40% du territoire est enregistré comme parc naturel. Un régal pour randonner, se baigner, faire du vélo dont je ne me doutais absolument pas !

Le 3 juillet, je m’envole pour la Mongolie, changement de décor, changement de culture, j’ai 2 mois pour m’immerger dans cet environnement qui me fait tellement rêver. Mon frère m’y rejoindra pour une vingtaine de jours !!

Mon frère se prépare pour me rejoindre en Mongole !

Mon frère se prépare pour me rejoindre en Mongole !

De là, j’amorce un retour vers la France par la terre via l’Asie centrale. Comment, je ne sais pas encore, je déciderai au fur et à mesure !

18.10.2013 – Bolivie

Bon… ben là je vous ai vraiment abandonnés !! Et plus le temps passait, plus j’avais honte du retard accumulé, et moins j’osais donner des nouvelles. Mais cette fois je me lance. Depuis le Nicaragua il s’est passé bien des choses. D’abord j’ai terminé mon périple en Amérique centrale. Depuis le Nicaragua, j’ai rejoint le Costa Rica, via la péninsule de Nicoya (dans mon top 3 à vélo !).

Rio Oro, péninsule de Nicoya, Costa Rica

Rio Oro, péninsule de Nicoya, Costa Rica

 

J’y ai découvert de magnifiques plages, j’y ai rencontré des tas d’animaux, connus ou inconnus, j’ai beaucoup abusé de l’accueil très chaleureux des pompiers, mais aussi des « ricos » (les costaricains). J’ai pu mesurer l’intérêt de l’accès à l’éducation (l’école est gratuite au Costa Rica) en comparaison avec les autres pays traversés depuis Cuba en discutant avec les gens, ainsi que l’american way of life qu’induit la présence de nombreux états-uniens au Costa Rica, j’ai goûté à la « pura vida » (slogan du Costa Rica) ou « pura mierda », c’est selon car sous leurs airs très écolo, tout n’est pas rose, et le braconnage notamment pose problème.

Crocodiles Costa Rica

Crocodiles Costa Rica

Puis nouvelle frontière, nouveau pays : Panama. Qui aurait cru que j’y passerai tant de temps !!

Frontière panaméenne

Frontière panaméenne

J’ai passé mes deux premières nuits dans un restaurant : j’y ai cuisiné des crêpes, on m’a prêté un cheval pour aller défiler en ville pour l’anniversaire de la conception de la province, j’ai vu défiler des fanfares…

Marisqueria de la Concepcion, Panama

Marisqueria de la Concepcion, Panama

A ch'val ! :)

A ch’val ! :)

Ensuite les pompiers m’ont à nouveau aidé, et j’ai découvert une belle région semi-montagneuse au nord du pays avant de redescendre vers la capitale où j’ai passé… un mois (!).

Bomberos de Aguadulce

Bomberos de Aguadulce

Séquence émotion en bouclant la traversée de l'Amérique centrale...

Séquence émotion en bouclant la traversée de l’Amérique centrale…

Rencontre de voyageurs au (très) long cours, à vélo et en bus. Beaucoup de questionnements avec ces rencontres… pourquoi s’arrêter de voyager ? Ils sont la preuve qu’il est possible de voyager des années durant.

Shahla et Peter depuis 9 ans sur les routes

Shahla et Peter depuis 9 ans sur les routes

Puis, grâce à Gwendal et Alex et Xavier de Namasté, j’ai pu traverser le canal de Panama à bord de Belle Oiselle, un catamaran à moteur avec Luké et Marie. Encore une belle rencontre et un superbe accueil : je suis restée plus de 3 semaines à bord !

P1070979 (1024x768)

P1080012 (1024x768)

 

Canal de Panama

Canal de Panama

Au programme, carénage du bateau, sortie pêche dans les îles Perlas, bons moments autour de délicieux repas, le bonheur d’avoir un « chez-soi », de partager le quotidien, de nouveaux amis, dur dur de redécoller après ça !

Chantier de carrénage Belle Oiselle

Giani et Astrid

Diego et Astrid

Gabrielle de Lune

Et puis agréablement surprise par la ville de Panama. Sans doute car je vivais loin des voitures, isolée sur une presque-île ! Les recherches pour un bateau qui m’aurait mené en Equateur n’ayant pas été fructueuses, j’ai fini par prendre l’avion directement pour la Bolivie, à Santa Cruz très exactement. Et à partir de là je souhaiterais reprendre les récits détaillés, alors vous pourrez en savoir plus dans mes prochains messages.

Vue sur le centre ville de Panama

Vue sur le centre ville de Panama

Sortie du canal de Panama : Musée international de la biodiversité en construction

Sortie du canal de Panama : Musée international de la biodiversité en construction

Mes excuses les plus plates de vous avoir laissé sans nouvelles… en espérant que j’arriverai à tenir le rythme pour la suite ! En tout cas, tout va bien, le fait de prendre mon temps me permet de ne jamais avoir de baisse de moral, pourvu que ça dure !

16.07.2013 – Nicaragua

6 mois déjà… Un quart de mon voyage, et si peu de distance parcourue ! Je prends mon temps, je savoure la découverte de ce mode de vie, je laisse leur chance aux rencontres. Je commence aussi à entrer dans une réflexion intérieure plus profonde. Il me faudra le temps de réussir à mettre des mots sur toutes ces pensées qui traversent mon esprit, qui fusent, s’entrechoquent, ne trouve pas toujours de réponse ou de solution… pour vous la faire partager. Compliqué, mais très intéressant, peut-être que j’approche un peu plus du « Pourquoi ? » de ce voyage (même si un voyage se passe de motif, j’aimerais savoir ce qui m’a poussé à tout lâcher pour partir avec mon sac sur le dos…).

Sinon je reviens de 10 jours sur une île du Nicaragua, dans la mer des Caraïbes : pas de route, presque pas d’électricité, déconnexion, réflexion, et l’indescriptible magie de la découverte de la plongée (j’ai passé la certification « Advanced Open Water »). Le retour vers des francophones aussi et autres voyageurs, après tout ce temps à partager mon quotidien avec des locaux en espagnol, ça fait du bien aussi de ne plus réfléchir quand on veut dire quelque chose, de pouvoir échanger sur ses impressions de tel ou tel pays, sur ce qui nous manque ici et ce qui nous manquera une fois parti d’ici, ce qui nous dérange et ce qui nous fait rêver, ce que nous avons fait et ce qui nous reste à faire, ce qui nous révolte et ce qui nous inspire le respect, ce qui nous fait vibrer et ce qui nous fait pleurer.

Et puis je rencontre aussi de belles personnes qui vivent en France, je me dis que ceux-là au moins, je pourrai les revoir. C’est une des dimension qui me pèse le plus en voyage : savoir quand je quitte ma « famille de voyage » (comprenez tous ceux qui m’aident d’une façon ou d’une autre ou m’apporte chaleur et réconfort en route) que j’ai peu de chance de les revoir un jour.

J’ai maintenant retrouvé mon vélo qui était resté dans une famille rencontrée en route à Managua (capitale du Nicaragua), et je m’apprête à repartir : 2 lieux à voir au Nicaragua (Granada et l’île Ometepe sur le lac Cocibolca, ou lac Nicaragua) avant de reprendre la route vers le Costa Rica. Je ne sais pas encore par où passer… j’y travaille ! En tout cas je voudrais me dépêcher à partir de maintenant, j’ai encore quelques pays d’Amérique du sud à visiter avant de traverser le Pacifique à la fin de l’année. Il me reste environ 1300 km à parcourir, et pas mal de jolies choses à voir au Costa Rica (je me limiterai à la péninsule de Nicoya et peut-être du parc national de Corcovado). Pour Panama, pas de tourisme, je rejoindrai au plus vite un port pour trouver un bateau pour atteindre la Colombie (d’ailleurs vous pouvez peut-être m’aider : mon rêve serait de passer le canal de Panama en bateau alors si vous connaissez des bateaux qui ont ce projet avant de rejoindre la Colombie ou alentours, dans un sens ou dans l’autre, je prends !).

Les nouveautés sur le site :

  • Tout savoir sur le Bici’33 et l’organisation d’un voyage en vélo préparé en 2 semaines dans l’onglet Présentation ou en cliquant ici.
  • J’en ai profité pour redonner un peu de fraîcheur à ma présentation en créant aussi une page « Où suis-je ? Où vais-je ? » dans le ême onglet et ajouter quelques photos à ma présentation.
  • Quelques nouveaux articles sur le blog
  • Prochain article à venir : « J’ai testé pour vous les cours d’espagnol au Guatemala »
  • Petit rappel : je poste sur ma page facebook (accessible même si vous n’avez pas de compte) quelques photos et nouvelles de temps en temps : www.facebook.com/le33tour. Vous avez par exemple un aperçu de Little Corn Island en photo posté récemment, lien direct en cliquant ici.

J’espère que tout va bien pour vous, que vous profitez de la chaleur revenue, et que vous avez « profité », « profitez », ou « n’avez pas trop de mal à patienter pour partir en vacances. Ramenez-moi des photos, pas besoin d’aller loin pour faire rêver et apprécier les moments partagés et moi aussi j’adore les récits et les photos ; )

30.06.2013 - Apres ma semaine de cours a San Pedro la Laguna, j ai repris la route vers le Salvador ou j ai passe environ une semaine et j ai beaucoup aime. Avant hier la frontière du Nicaragua. J ai surtout pédale pour l instant pas fan… De beaux paysages, mais je ne sens pas des gens très accueillants… A voir je vais me poser quelque part dans les prochains jours ou il y a Internet j ai besoin de faire des mises a jour du blog mais je n ai pas Internet depuis mon arrêt de 2 jours au Salvador… Désolée et a bientôt !

12.06.2013 - Depuis le 8 au soir, je suis à San Pedro La Laguna (ICI), j’y reste une semaine pour perfectionner les quelques bases acquises depuis mes 2 mois d’immersion en milieu linguistique hispanique ! Un lac (le plus haut d’Amérique centrale à 1600 m d’altitude) entouré de montagnes et volcans, l’idéal pour se ressourcer et se poser !

Ma "salle de classe", dur dur !

Ma « salle de classe », dur dur !

08.06.2013 – Le vélo et moi-même sommes à nouveau sur pieds ! Du coup départ demain pour la deuxième étape du voyage qui ne durera qu’un jour (65 km, environ 700 mètres de dénivelé régulier et de belles descentes) avant de m’arrêter une semaine pour prendre des cours d’espagnol à San Padro la Laguna au bord du lac Atitlan.

Bici'33 tour - Etape 2

Les dernières mises à jour du site :

  • 3 nouveaux messages sur le blog, pour connaître le détail de mes 2 premières journées à vélo (dont la première vidéo du Bici’33 tour !) ! La suite dans la semaine qui vient.

05.06.2013 – Tout va bien en direct du Guatemala ! Les premiers jours du Bici’33 tour ont été à la hauteur de mes attentes, je me régale. Attention, tout n’est pas rose, il y a bien de la fatigue, quelques douleurs, un peu de casse, des moments où l’on n’a plus envie de pédaler, mais les belles rencontres, la joie de profiter de chacun des détails du paysage, de s’arrêter pour parler aux gens que l’on croise et l’incroyable accueil qui m’a été réservé effacent tous ces petits soucis ! Le récit est écrit, je dois encore trier photos et vidéos, mais vous aurez tout ceci dans les prochains jours. J’ai décidé de vous raconter Cuba et le Mexique un peu plus tard pour que vous puissiez suivre mon aventure en temps réel (ou presque !).

J’en suis là pour l’instant :

Bici'33 1st step

Les dernières mises à jour du site :

  • 7 nouveaux messages sur le blog, vous saurez tout jusqu’à mon arrivée à Cuba !
  • Mise à jour de la page « Dîtes 33 » pour tous les voyageurs qui souhaiteraient en savoir plus (pas encore très satisfaite de la mise en page, je la retravaillerais à l’occasion !).
  • Merci de vos commentaires qui me font toujours aussi plaisir !

25.05.2013 – Cette semaine aura été consacrée à la préparation du vélo pour le grand tour : récupération d’infos sur les blogs, révision du vélo, changement des rayons d’une roue qui étaient oxydés et que je ne pouvais plus serrer, achat du matériel de première nécessité, équipement (compteur, porte bidon, casque…), installation du porte-bagage, des sacoches, du compteur… j’apprends au fur et à mesure !

Départ prévu demain, prochaine étape : San Cristobal, mais au Guatemala cette fois où je serai accueillie chez Carlos, que j’ai rencontré via le site Warmshower (un site qui permet aux cyclistes d’être hébergés en route chez des particuliers). J’ai environ 350 km jusque là, je ne sais pas combien de jours je mettrai car je n’ai jamais expérimenté ce type de voyage. Il y a des cols « sympas », on verra si je tiens le coup ;)

Mises à jour sur le blog :

  • Quelques nouveaux messages sur le blog
  • Les vidéos ont été ajoutées dans l’article du 16 mars
  • J’ai créé une page facebook pour permettre aux gens qui ne sont pas sur le site de me suivre car il est plus simple pour moi de donner des petits nouvelles sur facebook : www.facebook.com/le33tour (et je ne suis pas sûre de pouvoir accéder à mon site au Guatemala, il y a des sites censurés…).

20.05.2013 - De retour d’une semaine de… (j’ose ?? Aller, j’ose !) … « vacances » dans le Chiapas avec mon cousin qui vit au Mexique depuis un an et demi : lagunas, ruinas, cascadas, paysages de fou, nuits sous tentes au bord de magnifique lacs ou au beau milieu de la jungle, tacos, tortillas, tamales et autres réjouissances culinaires, voilà pour le résumé ! Le récit que comme d’habitude on espère bientôt suivra… (no comment).

Puis retour à San Cristobal pour acheter le… BICI’33 : la suite du 33 tour se poursuivra à vélo au travers de l’Amérique centrale. Le temps de recevoir les sacoches pour le vélo, de tracer mon itinéraire, d’acheter les quelques outils nécessaires et c’est parti ! Des news bientôt et demain (21/05 vers 14h30 heure française), je vous en parle sur Allo la Planète (que vous pouvez écouter en direct via Internet, dans votre radio sur la fréquence du Mouv’ qui va bien dans votre région, ou les jours qui suivent en podcast !

Pour les nouveautés sur le site :

12.05.2013 - Pas très sérieux tout ce retard !! Je n’ai pas eu de connexion pendant plus d’un mois (à Cuba, difficile de se connecter et accès réduits aux sites), et quelques soucis (résolus, merci Giuze !) avec le site Internet. Je complète poco a poco, et même si j’avais déjà rédigé les messages lors de la traversée vers Cuba, cel aprend pas mal de temps de sélectionner les photos, les redimensionner, faire la mise en page… Alors toutes mes excuses pour ce décalage.

Côté nouveautés et mises à jour sur le site : 5 nouveaux messages sur St Martin et Tortola, et quelques nouveautés sur le blog dans la colonne de droite (merci Giuze !!) : vous pouvez vous inscrire au blog pour être informé par mail des nouveaux articles postés (il vous suffit d’entrer votre e-mail et de cliquer sur « Je m’inscris au 33 tour ! »), et quelques autres menus qui peuvent s’avérer utiles pour retrouver des articles.

Où suis-je en ce moment ? Après un mois à Cuba (magique !!), j’ai rejoint le Mexique à Mexico DF où j’ai passé quelques jours. De là, direction le sud à Oaxaca pour 3 jours, et je viens de passer une semaine à San Cristobal de las Casas pour chercher un vélo et poursuivre mon voyage à vélo au travers de l’Amérique centrale. Hier mon cousin, qui vit à Queretaro (Mexique), m’a rejoint. Nous allons passer la semaine ensemble à nous balader dans la région du Chiapas.

Je suis tombée sur la vidéo de 2 voyageurs en train de préparer leur voyage qui m’a bien plus :

22.03.2013 - Dernières nouvelles : je n’ai pas réussi à mettre mon blog à jour comme vous l’avez vu… J’y travaille pourtant beaucoup mais ça prend vraiment du temps et je veux aussi profiter de ces moments trop courts. Donc les mises à jour au jour le jour sont difficiles… Désolée ! Quand même : de nouvelles photos en en-tête, la page de présentation complétée, du nouveau pour les enfants des classes de CE2 et grande section de Bazas (et pour tous ceux que ça intéresse), et un nouvel article sur St Martin en date du 22.02.2013 !

Je rentre dans la partie « latine » de mon voyage, je vais me retrouver dans un pays dans lequel je ne comprends pas la langue et je vais sans doute me sentir muette à ne pas pouvoir m’exprimer comme je le souhaiterais… Je suis persuadée que l’immersion est le meilleur moyen pour apprendre vite, je vous dirai ça ;)

Aragorn's studio : the tree's table

Trellis Bay, Tortola

Je pars demain à 8 heures pour Cuba. Je naviguerai à bord d’un catamaran de 23 mètres de long : Maita’i (du tahitien « bon » ou « le meilleur »). C’est un bateau qui sert pour du charter (les gens paient pour passer une semaine sur le bateau et faire de la croisière, la plupart du temps autour d’une ou plusieurs îles, service tout compris à bord, grand luxe en terme d’équipements et de service. Là, ils sont entre deux charter, et pour le prochain ils doivent se rendre à Cuba et ont accepté que je les accompagne, tip top ! A bord se trouve : Eddy le capitaine, Alain qui s’occupe de toute la partie technique du bateau, Enora qui s’occupe de la partie organisationnelle et de la cuisine, tous trois français et Laura qui est sud américaine est hôtesse.

Un "crabe soldat". J'ai testé sa pince pour vous, à voir en vidéo un peu plus tard !

Un « crabe soldat ». J’ai testé sa pince pour vous, à voir en vidéo un peu plus tard !

Après ma semaine à cuisiner au feu de bois, à prendre la douche au jet d’eau et à boire de l’eau de pluie, je retrouve le confort (qui ne me manquait pas cela dit) et quelques mets qui ne faisaient plus partie de mon alimentation ces derniers temps : vin rouge (Pomerol s’il-vous-plaît…), fromage, saumon, laitages, lait… Je les apprécie fort bien !

Des lézards, il y en a partout ici !! Un peu plus gros que chez nous et ils sont super bons en saut !

Des lézards, il y en a partout ici !! Un peu plus gros que chez nous et ils sont super bons en saut !

Arrivée prévue dans 5 jours à Cienfuegos (au sud à peu près au milieu de l’île). Ravie de reprendre la route, mais dur dur de quitter ce lieu si magique, qui me correspond tellement et ces personnes rencontrées… Quand on me dit que je suis courageuse d’entreprendre ce voyage, je ne comprends pas vraiment. Par contre, quitter les lieux et les gens que l’on apprécie, ça, je peux vous dire que ça demande du courage.

Tiens tiens tiens, mais qu'est-ce donc ? Suspens jusqu'aux prochains messages sur Tortola !

Tiens tiens tiens, mais qu’est-ce donc ? Suspens jusqu’aux prochains messages sur Tortola !

A très bientôt !

** Vous l’aurez sans doute remarqué : en tentant de changer les photos du bandeau de mon blog j’ai eu un petit soucis avec les dimensions que je n’arrive pas à résoudre… Ça ira en attendant, mais j’espère trouver rapidement une solution ; )

21.03.2012 – Quelques nouveaux articles, mise à jour des pages des enfants et ajout de quelques livres lu pendant la traversée. J’espère finir de poster d’ici mon départ les nouvelles d’ici aussi ! Je rejoins le bateau qui m’emmènera vers Cuba demain, et nous prenons le large pour 5 jours de navigation prévus samedi. Déçue de quitter si tôt ce ptit coin de paradis trouvé ici à Tortola, mais ravie de naviguer à nouveau ! Je pense bien à vous tous, merci de vos commentaires qui me donnent l’envie de continuer à vous faire partager mon aventure !

Une superbe fleur

19.03.2013 – Je suis maintenant dans les îles vierges britanniques, à Tortola plus exactement. Magnifique île, beaucoup plus relaxante que St Martin. Je fais du wwoofing : je travaille 5 heures par jour, 5 jours par semaine dans une ferme bio en échange du gîte et du couvert. Good Moon Farm (la ferme en question) est un petit coin de paradis ! Son propriétaire tient aussi un studio artistique dan lequel j’ai passé ma première journée : magique !

Je vous raconte tout ça dès que possible, mais d’ici là je vais faire une mise à jour chaque jour pour vous raconter mon passage à St Martin en détail ! Première mise à jour : voir l’article du 18.02.2013. Désolée de ne pas avoir été plus régulières dans mes messages… Je passe une semaine ici avant de repartir en bateau pour Cuba vers le 22 mars !

Flashback Cuba n°6 - Vie de famille et auto-stop

05.04.2013 – De Ciego de Avila à … quelque part vers l’est

Trajet itinéraire CubaRéveil aux alentours de 7 heures. Wilber est sur le départ pour aller travailler à Ciego de Avila. Je le remercie grandement et le retiens une minute de plus pour prendre une photo avec lui et Niurki.

Wilbert et Niurki

Wilbert et Niurki

Je fais un tour dans la cour, Armandio et son amie sont en train de s’affairer. Lexi, l’amie de Niurki qui habite dans une autre maison sur le même terrain me propose de venir visiter. Contrairement à la maison de Wilber et Niurki fraîchement construite (et pas tout à fait terminée) en dur, celle de Lexi et Jorge (son mari) est faite de planches de bois (j’ai l’impression de vous raconter les 3 petits cochons… mais il n’en est rien !). Lexi a l’air d’en être gênée et m’explique qu’ils ont construit cette maison en attendant d’avoir les moyens d’en construire une plus solide.

Petit dèj' offert par Lexi !

Petit dèj’ offert par Lexi !

Ils ont une fille de 16 ans, Lehani, qui vit avec eux et un fils qui vit à Holguín. Elle m’offre un petit déjeuner : yaourt de soja, pain, et jus de mangue frais pressé. Nous discutons autant que les limites du langages nous le permettent, je comprends qu’ils font eux-mêmes leur café, je lui explique alors que je n’ai jamais vu de grains de café et qu’en France, ça ne pousse pas. Voilà qu’elle pose sur la table des baies rouges : elles renferment chacune un grain de café frais.

Grains de café du jardin, je découvre !

Grains de café du jardin, je découvre !

Dans l'arbre, le café ça ressemble à ça !

Dans l’arbre, le café ça ressemble à ça !

S’ensuit un tour de leur jardin à la découverte de toutes ces choses inconnues ! Le café, les bananiers, le yucca (ça, même en voyant le légume que Jorge avait déraciné pour moi, je ne sais pas ce que c’est !), le maïs, les goyavier, manguier, cocotiers, citronnier, tamarindu, papaye, chirimoya (à ce jour je ne sais toujours pas ce que c’est !). Je suis toute émerveillée par ces découvertes, et ça à l’air d’amuser Lexi qui cherche à m’en montrer toujours plus ! En guise de clôture, des rangées d’un petit cactus qui pousse assez droit et dont le jus qui coule des branches une fois coupées est urticant : dans le temps, ils servaient pour la torture, les branches du cactus étaient coupées afin que cette sève urticante coule généreusement et on y attachait alors le fauteur de trouble…

Jorge a déterré le yuca (arbuste arrière plan) pour me montrer ce que c'était

Jorge a déterré le yuca (arbuste arrière plan) pour me montrer ce que c’était

Lexi avec du "yuca" (je comprendrai plus tard qu'l s'agit de manioc/tapioca)

Lexi avec du « yuca » (je comprendrai plus tard qu’l s’agit de manioc/tapioca)

C’est l’animation dans la basse-cour ! Les cochons couinent pour ne pas être oublié au service du petit déjeuner, les dindons, canards et poules se picorent entre eux pour tenter d’être en première ligne pour se délecter des premiers grains qui tomberont et mêmes les chiens se font la guerre pour manger quelques bananes (?! oui oui vous avez bien lu) qu’Armandio est en train de préparer pour les cochons. Les chevaux eux, sont nourris avec canne à sucre qui est réduite en petits morceaux.

P1040674 (800x600)

Pendant ce temps, Lehani et Niurki sont en train de préparer les chèvres pour aller les faire paître. Quand elles sont lâchées dans la cour, elles se jettent sur les régimes de bananes suspendus sur une ligne et nous font une belle démonstration de leur sens de l’équilibre en se hissant sur leurs postérieurs afin de les atteindre ! Niurki et Lehani récupèrent les longes accrochées au cou de chaque chèvre, et les mènent en direction de la route en m’invitant à les accompagner. Les chèvres tentent de grignoter tout sur leur passage, les chevreaux se perdent derrière les clôtures et appellent sans relâches jusqu’à trouver eux-mêmes la sortie, puis nous voilà à marcher sur le bas-côté de la route avec huit chèvres (4 mamans et 4 chevreaux).

Chèvres Cuba banane

P1040679 (600x800)

J’adore les contrastes de couleurs qui se dessinent dans le paysage avec la terre qui est d’une belle couleur rouge ocre. Je m’arrête un instant pour la toucher de mes mains. Niurki se demande ce que je fabrique et je lui explique que j’aime beaucoup cette couleur de terre. Mais elle n’est pas du même avis, pour elle c’est simplement une vraie plaie pour les vêtements ! Mon regard se tourne alors vers mes mains couvertes de cette poussière rougeoyante : je m’incline ! Nous attachons les chèvres sur un terrain qui borde la route (chacune à un arbre) puis retournons à la maison. Elles passeront la journée à brouter là.

La terre est rouge par ici c'est magnifique !

La terre est rouge par ici c’est magnifique !

Le temps passe (déjà 9h30), et ce n’est pas que je me déplais ici, mais il va falloir que je songe à reprendre la route avant qu’il ne soit trop tard ! Mais Niurki et Lexi ne sont pas de cet avis et elles insistent pour me préparer a manger avant que je ne parte, et je fini par abdiquer… Elles commencent a allumer le feu vers 10 heures. Puis Armandio et sa compagne se rendent en ville avec la carriole et un de leur chevaux. Il me propose de les accompagner. Je pensais qu’il s’agirait seulement d’un aller retour pour faire une course mais j’ai eu droit à une séance chez le coiffeur après le tour en ville ! Pas pour moi mais pour l’amie d’Armandio qui a les cheveux crépus et qui souhaite se les faire lisser.

Armandio et son amie, direction le village en carriole !

Armandio et son amie, direction le village en carriole !

Alors le coiffeur dans les villages cubains… comment vous expliquer ? Je plante le décor : nous sommes dans la cour en terre battue d’une petite maison en bois. La cliente prend place sur une chaise de jardin, et la coiffeuse prépare son seau d’eau (n’oubliez pas qu’il n’y a pas l’eau courante) qu’elle tire d’un grand bidon, son peigne, et un lavabo contre le mur de la maison. Pour le shampoing, la cliente va se pencher au-dessus du lavabo et elle ne s’inquiète ni de la température de l’eau (de toute façon c’est froid) ni de l’eau dans les yeux. Après un démêlage laborieux, la coiffeuse explique a sa cliente que ses cheveux sont en mauvais état et qu’elle devrait leur faire des soins… la situation a quelque chose d’ironique quand on sait que le shampoinbg est un bien de consommation hors de prix pour les cubains (même pour nous ce n’est pas donné à 7€ la bouteille de shampoing minimum) et que ni le savon, ni le shampoing ne font plus partie de la « libreta », les « provisions » octroyées chaque mois par le gouvernement à tout cubain. Enfin… c’est son travail de conseiller ses clientes. Ensuite, mèche par mèche, elle appliquera une sorte de crème pour aplatir ses cheveux, personnellement je préférais au naturel…

Cette séance dure un bon moment et nous rentrons à la ferme vers midi et demie. Le repas est prêt, et à nouveau, gargantuesque et pour moi toute seule… Soupe, salade de tomate, riz, boudin noir, salade de manioc à l’ail, chips de banane, œuf au plat et quelques fruits… et pour chacun de ces mets, une assiette bien remplie : c’est un régal, mais cette fois je n’en viendrai pas à bout ! J’ai peur de vexer Lexi mais je ne peux pas me forcer, je me rendrais malade ! Après ça, je tente de décoller de la chaise, et j’annonce le départ et je résiste cette fois (mais ce n’est pas facile de faire ses adieux quand on n’est pas sûrs de revoir les gens avec lesquels vous partagez un moment de vie).

Repas gargantuesque, version 2

Me voilà donc vers 14h à nouveau sur la route chargée de quelques précieuses mangues et goyaves que Lexi a glissé dans mon sac, mmmh ! Ils me regardent tous à l’entrée de leur maison en train de m’éloigner pas à pas et essuyer mes premiers refus pour l’autostop. Je me demande bien ce qu’ils doivent penser, ça doit leur paraître tellement improbable… Je tente de m’éloigner rapidement pour être hors de vue et ne pas les inquiéter davantage. Régulièrement je me retrouvais avec les jambes grisâtres/noires quand je marchais sans comprendre pourquoi, j’ai fini par réaliser que ce sont les pots d’échappement des vieux véhicules -nombreux ici- qui dégagent des épais nuages de fumée noires qui viennent délicatement se déposer sur moi… Assez incroyable que ce soit à ce point.

Terrasse cubaine

Terrasse cubaine

Après 45 minutes de marche (mais je suis encore bien trop chargée après le bateau alors j’avance comme un escargot), Joseph et son neveu Robert s’arrêtent. Ils arrivent tous deux de La Havane et sont en chemin pour Santiago de Cuba (à environ 450 km de là) : yoohoo, exactement ma direction !! Je leur annonce que je me rend à Balamo. Joseph a était militaire et a notamment combattu lors de la guerre en Angola en 1985 si j’ai bien compris. Maintenant, il est taxi à Santiago de Cuba avec son véhicule tandis que Robert est taxi-moto (il faut savoir que Santiago de Cuba est très escarpé et par endroits, seule la moto passe ! Alors les taxi-moto sont nombreux.

Si je fais le point sur les différentes rencontres fait jusqu’à présent, j’en conclus que les cubains sont mobiles au sein de leur pays, du moins pour ce qui concerne les études :

  • Denis, le frère de Léodis étudiait près de la Havane en étant originaire de Cienfuegos
  • La famille de Wilber est originaire de Holguin mais vit proche de Ciego de Avila
  • L’amie d’Armandio est originaire de Santiago et vit maintenant vers Ciego

Toutefois, à la fin de mon périple, beaucoup me diront que je connais mieux leur pays qu’eux-mêmes.

Nous croisons des auto-stoppeurs cubains qui partagent la benne des cochons et un cycliste qui se fait tirer par son cheval en le tenant simplement par la crinière… Joseph est désespérément en quête de café, et lorsque nous croisons enfin une aire d’autoroute, il manque la bretelle d’accès ! Qu’à cela n’tienne : il remonte la bretelle de sortie de l’aire à contresens ! Des gens eux la descende à pied et un cheval est « garé » devant la station essence. Jospeh en profite pour faire le plein et je lui propose de participer du peu de monnaie que j’ai dans mon portefeuille : 9 CUC.

Nous avons croisé un cycliste tiré par son cheval

« Nous croisons un cycliste qui se fait tirer par son cheval en le tenant simplement par la crinière… »

Nous reprenons la route. Petite pensée familiale en traversant le village « Marti ». Parfois je pique un somme. Un peu plus tard, quand le petit creux s’installe, je sors des pruneaux d’Agen qui m’ont étaient offerts lors de mon passage vers Villeneuve-sur-Lot par un ami de Caroline et Fred : un franc succès !! J’apprends alors que prune se dit « ciruela » grâce à mon pseudo dictionnaire et Joseph et Robert en redemandent, ils ne connaissaient pas mais adorent !

En fin de journée, j’ai droit au « coup de la panne ». Il semble notamment que la batterie est en train de rendre l’âme, alors nous n’avons pas de feux. Joseph sort une lampe de poche qui éclaire à 2 mètres pour éclairer le capot de sa voiture. Il reste encore environ 150 km jusqu’à Santiago… ils ne sont pas arrivés ! Nous ne sommes plus très loin de Balamo, mais entre temps j’ai pris la décision d’aller jusqu’à Santiago, Balamo ne présentant pas un grand intérêt et le trajet vers la Sierra Maestra que j’avais initialement prévu me semble bien compliqué… J’ai donc décidé de me rendre directement à Santiago pour me rapprocher de Baracoa que je ne veux surtout pas manquer (Aragorn de Tortola m’a vraiment donné envie d’y aller).

Revenons-en à notre panne… Les tentatives de « réparation maison » sont vaines, alors je sors ma lampe de poche qui éclaire à 60 mètre et la lui tend : il me regard étonné d’un air de dire « qu’est-ce que tu fais avec une lampe si puissante ?? ». Je lui explique que c’est pour marcher dans la pénombre au cas où je me ferai surprendre par la nuit. La lampe de poche aide, mais conduire de la main droite et tenir la lampe de poche par la fenêtre de la main gauche n’est pas idéal, alors je lui propose de m’occuper de la lumière jusqu’à ce que nous atteignons enfin une petite ville. Joseph tente encore des réparations sur le côté de la route après un bon café. Les badauds s’approchent, tentent de l’aider, puis lui indique l’adresse d’un mécanicien : il est 21h30… Ce dernier prend quand même la peine de nous venir en aide, mais après 2 heures sans solution pour rouler avec des feux, nous finissons par passer la nuit ici après avoir discuté avec le mécanicien et sa femme qui nous ont offert à boire dans leur salon : moi (un peu gênée) dans l’appartement du mécanicien, et Joseph et Robert dans la voiture.

Quelle journée !!

Photo presque au complet ! Pas prête de les oublier j'vous l'dit !

Photo presque au complet ! Pas prête de les oublier j’vous l’dit !

0

Posted:

Categories: Caraïbes, Cuba

Le temps... d'un voyage.

J’ai répondu au questionnaire d’un étudiant qui réalisait un mémoire sur la perception du temps en voyage. Comme d’habitude, une fois lancée, j’ai du mal à m’arrêter… je m’étends donc souvent au-delà de la question, et j’ai donc pensé que certaines choses pourraient vous intéresser. Je vous livre le contenu de mes réponses ci-dessous.

—————————–

Quand on part en voyage, on part pour un monde inconnu, on laisse de côté tous ses repères pour s’ouvrir à un nouveau monde. Le temps fait partie de ces repères à la valeur incomparable entre le monde occidental et « le reste du monde ».

En guise d’introduction, je vais commencer par te faire partager une réflexion que je me faisais sur la notion du « temps en voyage«  telle que je l’imagine, car à mes yeux,  le voyage revêt différents visages selon les obligations de chacun.

Le monde d’un voyageur est rythmé différemment selon le type de voyage qu’il entreprend et influe sur le rapport au temps qu’il aura :

  • Un voyageur « en vacances », entend par là pour une période courte (disons de 2 semaines à 1 mois) ne quitte pas l’espace temps qui est le sien en occident : il aura réservé un hôtel, aura un avion retour à prendre, et la plupart du temps, il aura de nombreux lieux à voir, parfois c’est « la course », comme dans son quotidien. D’autres resteront dans un hôtel à prendre le soleil, ils se déconnectent de la « pression / contrainte temps » : le temps des vacances, le temps qui s’écoule n’a plus d’importance. On veut se débrancher.
  • Un voyageur longue durée « billet tour du monde » ou qui aura planifié tout son voyage, itinéraire et ses destinations, selon le nombre de destinations prévues et la cadence de billets d’avion, aura plus ou moins de contraintes de planning, « d’horaires à respecter » et devra s’y tenir.
  • Un voyageur longue durée qui n’a prévu que les grandes lignes, ou qui a choisi un mode de déplacement doux (voyage à vélo par exemple, qui sera préparé bien évidemment mais dépendra beaucoup des éléments extérieurs) et fera face ensuite à la réalité du moment : pas de billets de train ou d’avion, ni de date de retour fixe (je me range dans cette case là) n’accordera pas du tout la même importance /rapport de contrainte au temps.

Peux-tu présenter ton voyage ?

Je suis partie en janvier 2012 pour une durée d’à priori 2 ans. Mon projet : traverser l’Atlantique en bateau-stop puis voyager dans le monde, là où le chemin et les rencontres me mèneront. Quand j’ai décidé de partir, voilà le premier tracé qui m’est venu à l’idée, comme ça à main levée, sans réfléchir à la faisabilité, je venais juste de me décider : comme tout ce que l’on prépare pour un voyage : ça ne s’est pas du tout passé comme ça !

Ce voyage, c’est pour moi me donner les moyens de prendre le temps de réaliser toutes les idées qui me trottaient dans la tête : voyager à vélo, à cheval, en bateau-stop, avec un animal bâté, pour partir à la découverte de l’Autre. L’Autre, c’est toi, c’est moi, c’est une personne qui fait l’histoire de son pays car elle en est un des éléments : elle y vit avec sa culture, ses hauts, ses bas, son mode de vie. Et j’ai dans la tête que ce n’est pas au travers de ses lieux touristiques que je parviendrai à capter l’essence d’un pays mais en apprenant de M. et Mme Toutlemonde que je croiserai dans un endroit dans lequel je passerai sans raison particulière. Pour cela, il faut se déplacer lentement pour laisser une chance à l’interaction de naître. Et qui dit se déplacer lentement dit « avoir le temps ».

Pour cela j’ai donc choisi de me libérer de toute contrainte qui m’imposerait de revenir (quitter l’appartement, vendre la voiture et les meubles… c’est tout ce que j’avais), pour être vraiment libre. Cette liberté finalement consiste à ne pas avoir de projets à courte ou longue échéance. A ne plus « craindre le temps », mais à « l’éliminer ».

Explique-moi les raisons qui t’ont poussé à réaliser ce voyage. Peux-tu dire qu’il s’agit d’une fuite de quelque chose? Si oui, de quoi?

Si je remonte dans « mon histoire », je pense qu’à l’origine de ce voyage, il y a une année passée en tant qu’assistante de français en Autriche (une césure après un IUT pour apprendre l’allemand et réfléchir à ce que je faisais ensuite). Neuf heures de travail par semaine, un bon salaire, une colocation internationale (nous étions tous presque assistants de langue) dans un petit pays, au centre de l’Europe, 6 pays frontaliers : la recette idéale pour découvrir le voyage. Je m’y suis initiée, j’ai vu que c’était simple, et j’y ai pris goût. A partir du moment où j’ai attrapé ce virus du voyage, il ne m’a jamais vraiment quitté.

Après quoi, j’ai du finir mes études, à la fin de mon master, une offre d’emploi intéressante. Deux ans plus tard, je démissionne sans vraiment chercher de travail, je veux voyager un peu, mais je ne vois pas encore les choses en grand, pas prête sans doute même si les idées ne manquent pas, un autre boulot qui se présente sur un plateau et qui m’intéresse, mais une fois que je l’accepte, je me demande si j’ai vu juste.

Un an plus tard, je suis en train de rentrer du travail un soir comme les autres, mais cette fois c’est le déclic : si je veux entreprendre ce voyage qui me trotte dans la tête c’est maintenant. Depuis l’Autriche, j’avais la bougeotte dans mes études, dans mes boulots, et si je voulais « être en paix avec moi-même » et être capable de me poser, il fallait que je réalise ce voyage à ma manière. 6 mois plus tard, j’embarquais pour la traversée de l’Atlantique à bord d’un catamaran. Un an et demi de voyage plus tard, je ne regrette pas ce choix.

Pour ce qui est de « la fuite », je ne peux pas vraiment répondre. Si je fuis quelque chose, c’est inconsciemment. Je cherche plus tard à « me débarrasser de cette constante envie de bougeotte », en faisant ce qui me tenait tant à cœur, ce que cette petite voix dans ma tête ne cessait de ramener sans cesse dans mes pensées, pour pouvoir me poser ensuite. Est-ce la bonne méthode… je te le dirai une fois de retour en France.

Qu’est-ce que le temps pour toi? En quoi le temps est-il important?

Le temps pour moi, c’est un élément dont je veux tirer le meilleur. Je veux en tirer le maximum pour pouvoir faire tout ce qu’il se passe dans ma tête (et des projets, j’en ai !). Mais la liste est tellement longue que parfois je me laisse dépasser. Je suis donc une couche tard, lève tôt, et je reste rarement inactive.

Je ne sais pas si je pense que le temps est important… Ce qui est important (et même contraignant), c’est la valeur qu’on lui accorde dans nos sociétés occidentales : toujours plus vite, toujours optimiser pour réaliser l’impossible (et j’en sais quelque chose puisque je travaille dans la logistique). Et tout cela au détriment de l’être humain et des interactions sociales. On n’a plus le temps de prendre le temps, d’accorder un peu de son temps à l’autre car on a toujours quelque chose qui nous attend. J’ai traversé des pays dans lesquels les gens sont encore capable, même lorsqu’ils travaillent, de s’arrêter pour discuter avec des gens. On prend encore le temps de vivre, sans montre. A commencer par les horaires des transports en commun en ville qui ne sont pas fixes. Quand on te dit « ahora » (maintenant), ça peut être dans dix minutes, comme dans 3 heures comme dans 3 jours. Et ça ne gêne personne. Dans ce contexte, le voyageur qui déjà est déconnecté de « l’espace temps » qu’il connaît de son pays, de sa culture, se perd encore plus dans sa relation au temps.

Dans notre société il faut tout rentabiliser, hors, le temps c’est de l’argent, alors s’arrêter discuter avec des gens, c’est perdre de l’argent. Le jour où l’on comprendra que d’amasser toujours plus d’argent n’est pas une fin en soi, cela changera peut-être…

En voyage, je me suis complètement décroché de ce rapport au temps que j’avais avant de partir. Le temps, ce n’était plus que les jours et les nuits qui se succédaient. Le soleil qui baissait annonçait l’heure du dîner, et quand il se levait, c’était le moment de se lever et de commencer la journée. Quand je randonnais, quand je naviguais, à vélo, c’est ainsi que je fonctionnais. Et c’est ainsi que la plupart des gens ont l’habitude de fonctionner (la journée va de 6h à 18 heures en gros).

Lorsque l’on navigue, ce sont les quarts qui rythment la vie ainsi que l’alternance du soleil, des étoiles et de la lune, et ton estomac qui te rappelle qu’il est bientôt l’heure de manger. Il n’y a rien d’autre autour, pas de contact avec l’extérieur, sur l’actualité, on perd toute notion des jours qui passent, du nombre de jours passés en mer, le temps est remplacé par la distance à parcourir d’un point A à un point B. Si nous ne prenions pas la peine de tenir un journal de bord, je serais incapable de dire quel jour nous sommes.

En somme on disparait du monde le temps d’une navigation plus ou moins longue (il faut préciser que nous n’avions aucun moyen de communication avec l’extérieur lors des 3 mois que j’ai passé dans le Pacifique – en 3 navigations de 25, 30 puis 12 jours). Ainsi quand je suis arrivée dans l’archipel des Gambier, j’ai appris que depuis quelques semaines un conflit opposait l’Ukraine et la Russie, un sujet d’actualité qui avait fait la une pendant des semaines dont je n’avais même pas entendu parler. Il pourrait se déclarer une guerre mondiale que nous arriverions à terre la bouche en cœur sans le savoir.

Qu’est-ce que le « Slow Travel » pour toi?

Je n’ai jamais vraiment entendu parler de ce terme, mais voyager lentement, c’est s’offrir la possibilité de créer un échange avec les locaux, les gens qui font qu’un pays est ce qu’il est, en créant une relation sincère, qui ne sera pas pervertie par une attente.

Si je voyage lentement (j’entends par là via un moyen non motorisé), je peux m’arrêter à tout moment, je ne me cache pas derrière une fenêtre, ou la vitesse, je ne créé donc pas de barrière avec les gens que je croise, je peux entendre ce que l’on me dira, prendre le temps de profiter des moindres détails du paysage que je traverse, sans brûler les étapes, sans manquer l’essentiel, les détails.

Considères-tu ton voyage comme du slow travel? Si oui, pourquoi as-tu choisi ce mode de voyage? Dirais-tu dire que tu as choisi cette forme de voyage car sa temporalité (lente) épousait ta perception du temps avant le voyage?

En commençant mon voyage par une transatlantique, j’ai pris conscience à quel point l’on brûlait le rapport temps / distance en prenant l’avion. On brûle l’adaptation temporelle (jet lag, fuseaux horaires), on n’a pas conscience de la distance réelle que l’on parcourt car l’avion se charge de survoler les continents et les océans en un temps record. En voilier, j’ai parcouru XXX KM à une vitesse moyenne de 14 km/h… Alors forcément ça prend un peu plus de temps : le temps de se rendre compte combien la terre est grande, combien ces étendues océaniques sont vastes, désertes, mystérieuses…

Ensuite, en commençant mon voyage « terrestre » au Mexique en bus, j’avais l’impression de brûler les étapes : je voyais défiler des paysages magnifiques que je souhaitais prendre le temps d’admirer, de découvrir, savoir comment l’on vivait dans ces endroits, quel genre de personnes vivaient. Assise sur mon fauteuil, derrière les fenêtres, j’avais l’impression que le bus me volait une partie du savoir, de « l’apprentissage » de mon voyage. A l’arrivée j’avais décidé que je continuerai le voyage à vélo, deux semaines plus tard, j’avais acheté un vélo et je me lançais pour mon premier voyage à vélo qui me mènerai jusqu’à Panama.

Le « slow travel » n’était donc pas une fin en soi pour mon voyage, mais il s’est imposé au fil des expériences.

Remarque : j’inclurais l’auto-stop dans un moyen de « slow travel » car l’auto-stoppeur dépend des voitures qui le prendront, il n’est pas sûr d’atteindre sa destination, partage la vie des locaux en faisant un bout de chemin et en échangeant avec eux, et parfois prolonge en se faisant inviter à profiter d’un toit pour la nuit ou d’un repas offert.

Pour répondre à la dernière partie de la question, je dirais que le « slow travel » épousait la perception du voyage que j’avais avant de partir : bénéficier du luxe de la lenteur (autrement dit, le luxe « d’avoir le temps ») pour véritablement connaître les lieux que je traversais.

As-tu perçu une évolution de ta perception du temps durant le voyage ?

Ce que j’ai perçu, c’est que la liberté totale, c’est quand le temps n’est plus une barrière, quand il « n’existe plus » : quand plus rien ne nous contraint à accélérer le pas, à prévoir notre voyage « en fonction de » (d’un billet d’avion,  d’une date butoir…). Rien ne nous empêche de profiter pleinement et sereinement du moment.

A traverser des pays dans lequel les gens savent prendre le temps de vivre pour eux et pour ceux qui les entoure, je pense que ma perception du temps a évolué, ou qu’elle m’a conforté dans une idée que j’avais déjà auparavant. Sur le fil du temps que représente ma vie, je m’efforcerai toujours de réserver une bonne place à ce qui compte le plus pour contribuer à mon bien-être (qui est contagieux) : il me semble que sur son lit de mort, personne ne dit jamais « J’aurais dû passer plus de temps au travail ». Toutefois beaucoup de personnes ont tendance à l’oublier…

Connais-tu le concept de l’accélération du temps? Qu’est-ce que ca veut dire pour toi?

Non, jamais entendu parler. J’ai du mal à trouver une définition puisque le temps n’est ni compressible, ni extensible. Il s’écoule sans que nous ne puissions rien n’y faire, alors je ne vois pas comment il serait possible « d’accélérer le temps », ni le concept que peut se cacher derrière (et je ne recherche pas sur Internet pour ne pas fausser ma réponse).

As-tu ressenti une pression du temps, un manque de temps lors de ton boulot avant ton voyage?

Une partie de mon travail consiste à déplacer une pièce, un camion, un colis d’un point A à un point B pour la veille. Le temps par rapport à la distance est une pression constante. Aujourd’hui on ne stocke plus pour limiter les coûts, à la place, tout doit être livré au bon moment et en urgence, et le moindre obstacle peut faire prendre du retard : alors oui, la pression du temps est constante mais n’a jamais été une source de stress pour moi : je pars du principe qu’il n’y a pas de problème, mais que des solutions, et s’il n’y a pas de solutions, alors il n’y a plus de problème. Je ne me laisse pas dépasser par la pression (le stress) tant que je n’ai pas tenté toutes les solutions, et il est rare de ne pas en trouver une.

Est-ce que tu ressens toujours cette pression du temps?

Pas du tout ! Les soucis du travail n’ont jamais dépassé la porte du bureau.

T’arrive-t-il d’avoir l’impression que le temps s’arrête? Si oui, ces impressions ont-elles augmenté durant ton voyage?

Je n’avais jamais vraiment eu cette impression avant de partir, mais lors des longues traversées en voilier, c’est tout à fait ça. Le temps s’arrête, ou carrément on a l’impression de vivre dans une autre dimension, un autre espace-temps, à part, dans lequel rien ne se passe quand on sait la vitesse à laquelle défile le temps dans « nos pays ».

J’ai aussi eu cette sensation lorsque j’ai marché pendant 7 jours dans la montagne sans traverser un seul village, ou lorsque je suis partie pour mon périple avec un lama dans la cordillère blanche : finalement, je crois que je ressens cette impression quand je me coupe un peu du monde.

1

Posted:

Categories: Divers

J’ai testé pour vous… l’auto-stop à Cuba

Avant de vous parler de mon expérience, une petite présentation du système de transport cubain s’impose. Les voitures circulent peu sur de grandes distances, les bus le font et affichent donc souvent complet (selon la saison), quant au train, ce n’est pas la priorité du gouvernement : ils ne circulent qu’une à deux fois par semaine, plutôt lentement. La marche, le cheval (attelé ou non), le vélo, l’âne, les camions-benne, le tracteur et surtout l’auto-stop restent autant de moyens alternatifs de se déplacer. Il y a aussi l’avion, qui, s’il ne permet pas de gagner des sous, permet de gagner sérieusement du temps selon votre planning (peut être intéressant par exemple pour joindre Baracoa à La Havane : 15 heures de bus contre 1 heure d’avion en gros). Je ne détaille ci-dessous que ce que j’ai testé : les bus, les bennes et l’auto-stop.

Auto-stop Cuba

Bus

Pour le touriste, le bus reste un moyen de transport pratique et qui revient moins cher que la location de voiture. Ils desservent les villes principales du pays assez régulièrement. A noter : il y a une compagnie réservée aux cubains et une autre réservée aux touristes. Bien entendu, il n’est pas question de mélanger les deux…

    •  Les touristes réserveront leurs places auprès de la compagnie Viazul (quand vous cherchez la gare routière, demandez « Viazul », ils comprendront) qui propose des bus confortables, climatisés (à tel point que je vous recommande de prévoir de quoi vous couvrir si vous ne voulez pas vous transformer en glaçon) et respecte ses horaires en général. Il est parfois plus sûr de réserver sa place à l’avance. Ils disposent d’un site Internet (www.viazul.cu), mais comme je vous l’ai dit dans un message précédent : Internet à Cuba, mieux vaut faire une croix dessus. Eventuellement, consultez le site avant de partir et prévoyez vos trajets. Je n’ai pas pris beaucoup de bus, mais pour vous donner une ordre d’idée des prix pratiqués, je me rappelle avoir payé environ 40€ pour me rendre de Holguin à La Havane et 25€ pour me rendre de La Havane à Viñales.
    • La compagnie de bus Astro est elle réservée aux cubains. Les bus cubains sont plus vieux, la fenêtre ouverte fait office d’air conditionné, ils sont souvent bondés, la place se paie en « moneda nacional » (1 CUC = 24 peso de moneda nacional) et ils sont interdits aux touristes. Je sais que certains touristes ont toutefois réussi à prendre ces bus, mais c’est un peu une question de hasard. A vous de voir ! Ce qui est sûr, c’est que les prix sont BEAUCOUP plus attractifs que via la compagnie Viazul puisqu’ils se paient en moneda nacional

Les « bennes »

Il s’agit de camions remorques qui sillonnent les routes pour le transport de marchandises… et de personne. En effet, elles se sont révélées très pratiques comme « transport en commun » pour les travailleurs entassés comme des sardines à l’arrière dans la benne. Elles relient en général les villes et s’arrêtent assez régulièrement pour alléger la charge… qui augmente aussitôt avec de nouveaux passagers.

Auto-stop Cuba

Lorsque vous utilisez ce mode de transport, vous ne risquez pas de croiser d’autres touristes, au lieu de ça vous vous ferez dévisager par des dizaines de paires d’yeux interloqués de vous voir ici. Si vous avez de la chance, vous arriverez à vous faufiler entre les passagers sur le côté pour vous tenir à un des côté de la benne, sinon vous pourrez jouer les équilibristes au milieu ou vous asseoir par terre (en espérant qu’il ne pleuve pas). Si vous avez un peu plus de chance, vous trouverez parfois une sorte de banc le long de la paroi avant, et si vous avez beaucoup de chance, il restera une place pour vous. Pour demander un arrêt, soit il y a une personne chargée de communiquer avec le conducteur (en tapant sur la benne avec un morceau de métal un nombre de fois préétabli selon l’information à donner), demandez-lui alors de s’arrêter où vous le souhaitez, et tenez vous prêt, les arrêts sont express. Soit vous tapez vous-mêmes sur la benne (je n’ai jamais testé) ou demandez au passager de vous prévenir quand le camion s’arrête votre destination.

Camions bennes transport cuba

Avec les bennes, on oublie les horaires… en général on sait qu’ils passeront, mais il faut parfois attendre longtemps, à se demander si vous avez bien compris. Ils sont faciles à reconnaître : lorsque vous voyez un énorme nuage de fumée noire, le camion benne n’est pas loin !

L’auto-stop

Il y a une chose à savoir à propos de l’auto-stop à Cuba : pour les cubains, c’est un véritable moyen de transport. Comme les cubains n’ont pas les moyens de s’acheter un véhicule et que les transports en communs ne sont pas développés, tout moyen est bon pour aller d’un point à un autre. L’auto-stop (botellas en cubain) en fait parti et il est très répandu, la concurrence est donc rude.

Mon premier "véhicule" en auto-stop... !

A tous les croisements de route (y compris sur les autoroutes, sous les ponts des sorties en général), les cubains attendent –parfois des heures- sur le bord de la route un hypothétique autobus, un camion dont la benne sera pleine, ou une voiture qui accepterait de s’arrêter. Certains tendent un billet pour motiver ces voitures (ce qui ne garantit pas un arrêt pour autant). Pour aider les cubains, à la sortie des villes ou aux grands carrefours, on trouve des « amarillos » (les « jaunes » car ils sont habillés en… jaune, trop facile) : ce sont des agents de l’état chargés de repérer et arrêter les véhicules administratifs pour faire monter les gens qui attendent. Une sorte « d’officialisation de l’auto-stop » en quelque sorte.

IMG_4264 (800x600)

En faisant de l’auto-stop, on prend donc potentiellement la place de cubains qui en ont vraiment besoin et n’ont pas d’autres alternatives. Sachant cela, j’ai donc pris la décision de toujours me poster après ces arrêts ou dans des lieux dans lesquels il n’y avait pas d’autres auto-stoppeurs : il faut donc prévoir du temps et de la patience !

IMG_4536 (600x800)

A savoir

  • Un moyen pratique de savoir à qui l’on à affaire en faisant su stop, c’est que chaque voiture est identifié par une plaque d’immatriculation de couleur différente selon son propriétaire : jaune pour les particuliers, blanc pour les administratifs, vert pour l’armée, bordeaux pour les touristes, bleu pour les taxis ou entreprises, rouge brique pour les entreprises étrangères, noir pour les corps diplomatiques etc.
  • Pour faire du stop à Cuba, on ne lève pas le pouce, mais l’index. Mais pour les voitures de touristes aux plaques bordeaux, je levais le pouce !

IMG_4440 (800x600)

Mon expérience de l’auto-stop : patience et longueur de temps…

Comprendre le contexte dans lequel vous voyagez :

Je ne sais toujours pas dans quelle mesure il est « dangereux » pour un cubain de vous prendre en auto-stop. J’ai plusieurs fois été confrontée ou entendu dire que les cubains ne devaient pas être vus en compagnie de touristes à moins qu’ils n’exercent officiellement (c’est-à-dire qu’ils aient une licence sur eux) une profession en lien avec les touristes (guide, taxis etc.). Je pense que petit à petit cette règle s’assouplit car selon les endroits, je n’ai eu aucun mal à fréquenter des cubains « en plein jour, en pleine rue ». Une chose est sûre, c’est que si embêtement de la part des policiers il doit y avoir, ce ne sera pas pour le touriste, mais pour le cubain. Prenez donc vos précautions pour eux au cas où (parfois il y a aussi de la dénonciation de la part d’autres cubains !).

Quelques exemples :

  • A Santiago de Cuba, j’avais invité des cubains à manger dans une casa particular, ils ont pris soin de prendre sur eux leurs papiers mais aussi de passer par les petites rues pour éviter d’être contrôlés par la police qui effectue souvent des contrôles dans ces cas là m’ont-ils dit.
  • Un couple de cyclistes étrangers se trouvait dans l’incapacité de réparer leurs vélos cassés. Un conducteur de camion cubain s’arrête pour leur proposer de l’aide qu’ils acceptent volontiers. Ils chargent leurs vélos à l’arrière pour se faire déposer dans la prochaine ville. En cours de route ils se font contrôlés par la police et commencent à interroger le conducteur sur la présence de touristes à bord. Le couple tente de le défendre en expliquant qu’il les a pris pour les aider car leurs vélos étaient cassés, ce à quoi la police leur répond « Il n’y a pas de problème avec vous, c’est au conducteur que je parle ». Ils sont allés demander à l’autre policier qui l’accompagnait des explications : « Les cubains n’ont pas le droit de transporter des étrangers, et ils le savent. » Ils ont alors demandé ce que risquait le conducteur : « Nous allons vérifier si c’est la première fois : si oui, il aura un avertissement ; si non, il ira en prison » (!!).
  • J’avais aussi entendu le récit d’une fille qui logeait dans une ferme chez des amis cubains à elle (elle tournait un documentaire), les voisins les avaient dénoncés : la famille qui l’hébergeait avait été contrôlée et elle avait dû aller loger dans une casa particular.

Belle américaine Cuba

Pourtant, les cubains sont ravis d’échanger avec une personne étrangère sur des tas de sujets, et d’entendre vos récits sur « le monde extérieur » auquel ils n’ont pas accès. Et j’ai pu passer des soirées / être hébergée chez des cubains sans aucun soucis. Je pense que petit à petit les choses changent à Cuba, mais cela dépend du lieu et des policiers sur lesquelles vous tomberez… et la peine de prison est parfois utilisée pour des raisons que nous ne pourrions soupçonner. Je ne veux pas dépeindre un tableau complètement noir, mais gardez ça quelque part en tête quand vous voyagez à Cuba. Les règles sont assez difficiles à saisir et à comprendre pour les européens que nous sommes, mais les enjeux pour les cubains peuvent être de taille, ne le sous-estimez pas… Cela étant dit, mon voyage comme beaucoup d’autres qui ont tenté l’expérience vous montre qu’il est possible malgré tout de partager le quotidien des cubains sans soucis.

P1050684 (800x600)

Mes trajets en stop (récits détaillés à venir) :

De Sancti Spiritus à Santiago en 3 jours, une voiture de touristes français, une benne, une voiture de cubains et un cheval, une panne nocturne, deux nuits chez l’habitant (dont un policier et le mécanicien), et 4 heures de marche en cumulé. Récit détaillé en cliquant ici.

P1050683 (800x600)

De Baracoa à Holguín via Guardalavaca, et Gibara en 3 jours, un taxi-tricycle, une benne, une voiture d’étudiants tunisiens, une voiture de touristes, une calèche, une voiture d’un cubain résidant aux Etats-Unis, et 8 heures de marche cumulé. Assez galère sur certaines portions ! Récit détaillé en cliquant ici.

Autostop Cuba

 

P1050562 (800x600)

De Viñales à Cienfuegos en quelques heures et une voiture de touristes espagnols. Récit détaillé en cliquant ici.

IMG_4519 (800x600)

Note personnelle : après avoir rencontré une cycliste, je conseille aussi fortement la découverte de Cuba à vélo ! Si je dois y retourner, c’est ainsi que je le ferai.

5

Posted:

Categories: Caraïbes, Cuba, J'ai testé pour vous...

Flashback Cuba n°5 – De Sancti Spiritus à …?... en stop

04.04.2013 – De Sancti Spiritus à Ciego de Avila

Cuba 05

Bon… et bien me voilà livrée à moi-même sur la bretelle de bifurcation de la route… De l’autre côté de la rue, un terminal de bus… c’est tentant ! Si j’allais me renseigner ? Je m’approche, mais ça m’a l’air compliqué, il y a un terminal réservé aux cubains, je ne vois aucun étranger… je renonce et me lance sur la route en direction de Camagüey à pied.

Un cheval qui ressemble à celui que je montais en Suisse avant de partir... ça me manque !!

Un cheval qui ressemble à celui que je montais en Suisse avant de partir… ça me manque !!

Je quitte Sancti Spiritus, peu de voitures passent et les quelques unes qui me croisent ne s’arrêtent pas. Je marche environ 45 minutes, sous les yeux, étonnés, médusés, interloqués des gens que je croise.  C’est une sorte de « route nationale », mais cela n’empêche pas de trouver pas mal de piétons, cavaliers sur la bas côté. Très peu de cubains ont les moyens de se payer une voiture, et la marche, ou les chevaux attelés ou non restent des moyens de locomotion très présents, même s’ils n’ont pas très fière allure avec le manque de nourriture ou la surcharge de travail…

stop autostop cuba

Certains me demandent où je vais, je réponds Camagüey : il est toujours mieux de montrer que l’on sait où l’on va (de même j’ai toujours « un ami qui m’attend à la prochaine étape » ou « qui va me rejoindre »), mais en réalité j’irai là où me mèneront les voitures qui s’arrêteront.

J’apprends au fil des tentatives de discussions que « auto-stop » se dit « botellas » à Cuba, et on lève l’index (en montrant le sol plus ou moins) et non le pouce pour arrêter les voitures, c’est bon à savoir ! Un homme et son fils à cheval passe à côté de moi et me propose de venir prendre un verre à leur ferme. Il fait très chaud, et les fermes, ça me plaît, j’accepte volontiers ! Je m’attendais à les suivre à pied, mais non, il insiste pour que je monte à cheval pour mon plus grand bonheur (mais je suis embêtée de lui imposer le poids de mes sacs !!). Eux montent sur le deuxième cheval à 2. Nous bifurquons sur un chemin carrossable et nous voilà partis pour une petite balade dans les champs !

IMG_4251 (800x600)

Le premier « véhicule » qui s’est arrêté pour me prendre…

P1040654 (800x600)

Avec mes bagages sur la selle… :/

Arrivés à une bifurcation, l’enfant prend une autre direction, je fini enfin par comprendre qu’il est son voisin et non son fils comme je le pensais. Nous continuons à travers champs encore quelques minutes et arrivons dans sa ferme. Nous mettons pied à terre et sommes accueillis par une personne qui travaille avec lui. Il m’offre une mangue, et me fait faire le tour : « vacas » (vaches), « puercos » (cochons), « galinacea » (poules et dindons, mais là, pas sûre d’avoir bien compris). Il me montre sa maison, et me propose de passer la nuit chez lui, mais je doute de ses intentions et il vit seul : quand on voyage seule, il y a des règles auxquelles il ne faut pas déroger, celle là en est une (il faudra que je fasse un article à ce sujet !). Malgré son accueil et sa persistance, j’insiste donc pour reprendre la route en lui rappelant que j’ai rendez-vous avec un ami (voilà pourquoi c’est bien utile), et c’est à cheval (youpi !) que nous rejoignons la route principale !

P1040651 (800x600)

Entre-temps l’enfant nous avait rejoint à nouveau et je lis la déception dans son regard quand il voit que je décide de ne pas rester… c’est comme ça. Il avait en tout cas fière allure sur son cheval ce garçon ! Nous rejoignons la route au niveau d’un petit snack, les gens me recommandent de rester là pour faire du stop, alors je tente mais après plusieurs tentatives vaines, je recommence à marcher (je n’aime pas rester immobile quand je fais du stop, ça ne me mène nulle part !).

Le petit garçon qui nous accompagnait

Le petit garçon qui nous accompagnait

 

Apres 15 minutes de marche un couple de français en vacances à Cuba me prend en stop, ils vont jusqu’à Ciego de Avila, une cinquantaine de kilomètres plus loin. Nous y arrivons vers 17h30 et ils me déposent en ville sur la route principale. Je reprends ma marche : en ville ce n’est pas le mieux pour faire du stop, les gens ont de grandes probabilités d’aller dans d’autres directions que la mienne, il faut que je rejoigne la périphérie et les grands axes. Au moins, ça à l’air d’être la sortie du travail, il y a donc pas mal de circulation. Il me reste 150 km jusqu’à Camagüey, l’objectif que je m’étais fixé pour aujourd’hui, et la nuit ne va pas tellement tarder… J’y vais ou pas ? Aller je me lance ! J’ai ma tente si besoin, et ce ne sera pas pour me déplaire !

auto stop cuba

Je marcherai un bon bout de temps, en croisant des « points stop » que je dépasserai (une règle que je me suis fixé). Le cadre ne fait pas rêver (je bouffe du pot d’échappement) et je suis une grande 2×2 voies qui traverse la banlieue de Ciego de Avila, pas idéal pour faire du stop. A force de marcher, je finis par sortir définitivement de l’environnement urbain pour me retrouver en campagne, et je continue à marcher sous une belle lumière grâce au déclin du soleil. Je commence à tenter de repérer des lieux potentiellement bon pour planter ma tente tout en tentant continuant le stop. Finalement une benne finie par s’arrêter. A bord : un policier, un employé ministériel ou militaire et deux autres personnes. Hum hum… là je me dis « si je n’ai pas le droit d’être là, je vais le savoir »… Mais ils ne me disent rien. Je discute un peu avec eux en utilisant les quelques mots de vocabulaire espagnol que j’ai acquis jusqu’à maintenant (je note dans un carnet chaque nouveau mot appris pour tenter de le mémoriser et pouvoir le réutiliser). C’est très basique comme discussion ! Je ne conjugue pas les verbes, je tente d’expliquer les mots dont je n’ai pas la traduction… au final c’est amusant, et heureusement mon auditoire est très patient !

Quand le camion benne fini par quitter la route principale : c’est le terminus, tout le monde descend. Me voilà donc à Colorado, quelque part entre Ciego et Camagüey… Le policier (Wilbert) me demande où je compte aller, car il n’y a pas de casa particular ici. Je lui explique que je vais aller camper, trop dangereux me répond-t-il. Il ne veut pas me laisser seule, j’essaie d’insister, je lui dis que je voyage comme ça, lui montre ma tente, et que j’ai tout ce dont j’ai besoin, rien n’y fait. Il me propose de m’accompagner à un centre touristique, mais il n’est pas sûr qu’il propose l’hébergement. Il me mène donc chez lui pour appeler, je patiente dehors avec un verre d’eau fraîche (fort appréciable par cette chaleur !) qu’il m’a servi. Réponse négative à son appel. Il me propose alors de rester chez eux, ce que j’accepte avec plaisir.

Mes hôtes

Mes hôtes

Je rencontre sa femme Niurki qui s’excuse que la douche ne soit pas encore en service et de n’avoir qu’une simple chambre sans climatisation… Elle me dit ça comme si les étrangers ne pouvaient survivre sans climatisation… la belle réputation que nous avons ! Je lui explique que je n’aime pas ça et que je ne l’utilise jamais. Je la rassure, lui explique que je suis déjà tellement touchée qu’ils m’accueillent comme ça et la remercie beaucoup. Je pose mes affaires dans ma chambre puis ressort sur la terrasse où se trouve Niurki.

Ma chambre pour ce soir

Ma chambre pour ce soir

Wilbert et Niurki ont deux fils : Wilbertito a 16 ans et étudie dans une école militaire (je ne le rencontrerai donc pas), Armandio a 23 ans et il travaille ici à la ferme avec son amie qui vit aussi à la ferme. Armandio est amputé d’une jambe, mais ça ne l’empêche pas de participer à toutes les tâches ni de monter à cheval.

P1040692 (800x600)

Le salon, on s’assoit par terre pour le moment.

Niurki me sers un  jus de mangue frais, et je me délecte de ce nectar si doux et rafraîchissant ! Elle m’explique que son père s’est remarié et vit maintenant avec son épouse à St Gall en Suisse, il écrit parfois mais sinon elle ne l’a pas revu depuis plusieurs années. Ensuite, je fais le tour de leur petite ferme : puerco (porcs), tchibo (chèvres), vaca (vache), caballo (chevaux, 3 dont une poulinière), pato (canard), dindon, poule, coq, et j’ajoute ainsi quelques mots de plus à mon vocabulaire ! Au fond du jardin une autre petite maison où vivent quelques amis et la famille. C’est vraiment un endroit adorable,  et apaisant, et je suis presque gênée par tant de gentillesse. Dans ces moments là on a toujours envie de rendre la pareille… mais on sait que les probabilités qu’ils viennent en France sont quasi-nulles.

Un détail du jardin qui m'a plu.

Un détail du jardin qui m’a plu.

Ils me montrent les photos de leur famille, puis Niurki et Lexi (sa voisine, une amie qui habite dans une autre maison sur le même terrain) préparent le repas. Je propose mon aide, mais elles me demandent de me reposer… ! Elles cuisinent dehors, il y a une sorte de cuisine sur la terrasse. Elles cuisinent sur le feu. Elles disposent ensuite les plats sur la table, y posent une assiette et me souhaitent bon appétit. Je leur demande s’ils vont manger avec moi, mais elles me répondent qu’ils mangeront après… Dommage, mais c’est peut-être une habitude, c’était la même chose à Cienfuegos dans la famille de Léodis. Je goutte donc un peu de tout : frites maison, tranches de jambon grillées, riz, soupe de haricots rouges, tomates au sel, jus de goyave frais (pensée pour maman qui adore les goyaves !), mangue et goyave tranchées… C’est royal et délicieux !

Le dîner

Le dîner

Lexi me demande si je n’ai pas faim ? Je lui réponds que si et que c’est très bon (« muy rico ! »). Elle me demande alors pourquoi je ne me sers pas plus, ce à quoi je réponds que c’est pour leur en laisser (il y a encore au moins 4 personnes qui vont manger après moi !). Elle rit et me dit que tout ce qui est sur la table est pour moi (!!!). Quoi ?! Tout ça pour moi ? J’ai beau avoir de l’appétit, là il y a vraiment de quoi faire, mais elle insiste et je ne veux pas la vexer, je me régale… et prends 3 kilos d’un coup. Pour boire, c’est l’eau du puit qui est délicieuse.

Fleurs du jardin

Fleurs du jardin

Après ça, une douche et au lit. La salle de bain est en construction, il y a une cabine de douche, mais pas encore reliée à l’eau. Alors pour se laver : un seau d’eau (du puit), et un petit récipient pour prélever l’eau. Quand je sors de la douche je me rends compte que chacun mange dans son coin : les parents devant la télévision, leur fils dans sa chambre. Je me sens moins gênée d’avoir mangé seule du coup ! Je m’endors ravie d’avoir trouvé sur mon chemin un foyer si chaleureux… la magie du voyage opère pour mon plus grand bonheur.

 

2

Posted:

Categories: Caraïbes, Cuba

Flashback Cuba n°4 - De Trinidad à Sancti Spiritus

03.04.2013 – De Trinidad à Sancto Spiritus

Cuba 04

Pour notre dernière journée ensemble, nous partons en voiture de Trinidad en direction de Sancti Spiritus. D’abord nous voyons les quartiers périphériques de la ville, beaucoup moins idylliques avec leurs barres d’immeuble grisâtres… Ensuite nous longeons la vallée de San Luis (plus connue sous le nom de valle de los Ingenios ou vallée des Moulins à sucre). Dixit le guide du routard, inscrite au Patrimoine de l’Humanité en 1988, cette vallée fut pendant longtemps un centre économique vital, avec plus de 70 moulins jusqu’en 1850, date fatidique  pour la région à cause de la chute du prix du sucre. Des milliers d’exclaves ont sué corps et âme dans cette région…

Les champs de canne à sucre ont laissé la place aux plantations de bananiers, manguiers, yuccas (manioc) et de goyaviers qui s’étendent à l’ombre de nombreux palmiers royaux. Ici, on touche du bout des doigts une partie de l’histoire : l’esclavage, les grands propriétaires (haciendas), l’influence des espagnols, les prémices de la lutte des classes, et certains aspects de l’économie cubaine.

Bananiers

Premier arrêt au village de Manaca, surplombé par la Torre Iznaga du haut de ses 43 mètres et de ses 7 étages. Elle date de 1816 et fut érigée par un riche sucrier. Quant à son rôle, le temps l’a transformé en nombreuses légendes : y enfermer l’épouse infidèle au dernier étage, ériger un édifice aussi haut que le puit de son frère était profond, ou moins farfelue et plus plausible, pour surveiller les esclaves au travail dans les champs.

Train à vapeur Manaca - Iznaga

Nous garons la voiture, traversons les rails du train à vapeur, et nous dirigeons vers la tour. De multiples étalages de nappes et vêtements brodés, spécialité régionale bordent le trajet. Partout, le touriste est sans aucun doute une source de revenus inespérée pour les cubains comparé à leur faibles salaires moyens : de 15 à 35 $ (médecins) par mois.

Linge brodé de Manaca en exposition dans les rues

Linge brodé de Manaca en exposition dans les rues

Nous escaladons ensuite les 137 marches en bois de la tour en profitant à chaque étage de la vue qui s’étend de plus ne plus loin au fur et à mesure de notre ascension. On s’invite aussi dans la vie des maisons en contrebas, ici trois chèvres font leur sieste à l’ombre d’un arbre, là une femme lave son linge dans une bassine dans sa cour en terre, à côté les poules courent ça et là, une truie tente de dialoguer, un homme prend de l’eau au puit, une vache marche au milieu de la voie ferrée, et des cavaliers à l’allure de cow-boy sillonnent les chemins (je les envie !).

23

Nous reprenons la route vers l’hacienda Guachinango. José nous accueille et nous fait payer le parking (1 CUC, comme chaque fois que vous voulez vous garer quelque part…). Elle s’occupait encore d’élevage et de bétail jusqu’à la fin des années 1980 avant que l’état ne se l’approprie pour la restaurer et la remeuble avec des meubles d’époque pour en faire un lieu touristique. Ca donne une bonne idée de ce à quoi pouvait ressembler les maisons de riches propriétaires avec sa touche hispanique. Le train à vapeur passe juste devant et s’y arrête pour y déverser son flot de touriste. Il y en a un qui arrivait justement quand nous partions : un jeune cavalier patientait sur le parking depuis un moment et s’est élancé au grand galop à l’arrivée du train puis l’a longé pour mettre dans l’ambiance : tellement « authentique »… !

Nous parcourons les derniers kilomètres qui nous séparent de Sancto Spiritus, et là nos chemins se séparent. Je commence mon voyage en direction de l’est tandis qu’Anaïs et Loïc se dirigent vers Santa Clara. C’est le moment de voir ce que ça donne l’auto-stop à Cuba !

39

————————————————-

Mes conseils et adresses à Trinidad

Trinidad a été ma ville préférée à Cuba : elle mérite d’y passer 2 à 3 jours minimum pour profiter de son ambiance unique, de ses belles rues pavés, partager le quotidien de ses habitants en allant se perdre dans les rues autour du centre-ville, aller profiter de la plage à quelques kilomètres au sud, faire une balade à cheval ou à pied, et bien sûr prendre des cours de salsa !

Casa particular – El Cabildo

El Cabildo Trinidad (800x600) El Cabildo CP Trinidad (2) (800x600)

 

 

 

 

Propre, accueille chaleureux, Félix est chef cuistot dans un restaurant du centre-ville et cuisine divinement la langouste pour vous sur la grande et agréable terrasse (pour 8 CUC en 2013). Vous pouvez également prendre un petit-déjeuner copieux le matin.

Balade au mirador (point de vue avec une antenne) de la Vigia

Pour un point de vue sur la ville et la valle de los Ingenios, montez au mirador de la Vigia (environs 30 minutes de marche aller) : prendre la calle Simón Bolivar (vers le nord) jusqu’à l’église en ruine Ermita de la Popa que vous contournerez par la droite. Derrière, un large chemin monte vers le sommet (plus agréable tôt le matin ou en fin d’après-midi, le chemin est peu ombragé et le soleil tape fort). Si vous croisez Noel ou un de ses collègues au sommet, demandez-lui de monter au point de vue.

Restaurant - Taberna la Botija

P1040443

Un restaurant à la décoration « médiévale », dans lequel se produit un excellent groupe de musique le soir, bons repas, prix correct, j’ai beaucoup aimé ! Bon accueil et ambiance chaleureuse.

 

0

Posted:

Categories: Caraïbes, Cuba

Flash back Cuba n°3 - Trinidad

03.04.2013 - 

Cuba - TrinidadJe retrouve Anaïs et Loïc le matin, et nous partons à nouveau à l’assaut des rues de Trinidad. C’est tellement agréable de déambuler dans cette atmosphère que l’on en redemande ! Cette fois, nous nous éloignons du centre-ville et de ses rues coloniales pour découvrir les « coulisses de la ville » qui voient plus rarement les touristes. La population cesse de vouloir vous vendre un cigare, une langouste, une chambre, une excursion, un taxi ou un portrait du Che tous les 10 mètres et s’étonne parfois de vous voir là. On y découvre la vie des quartiers populaires : des vendeurs ambulants sillonnent les rues aux pavés déchaussés annonçant leur arrivée en criant mélodieusement (ça va des fruits et légumes à l’arrière d’une charrette tirée par un cheval à une personne avec un plateau de pâtisseries –qui n’ont rien à voir avec ce que nous avons en France- salées ou sucrées), des coq chantent, des cochons couinent derrière les murs de quelques maisons, les mamies tricotent sur leur fauteuil à bascule en gardant un œil sur ce qu’il se passe dans la rue, une file de cubains attendent leur tour pour s’approvisionner en eau avec leurs bidons derrière un camion citerne (toute la ville ne bénéficie pas de l’eau courante), un petit garçon vend quelques légumes sur le palier de la maison, des enfants jouent au « base-ball » avec un bâton et un bouchon de bouteille en plastique qu’ils se lancent d’un trottoir à l’autre, ou au foot dans une église en ruine, des chiens errants (d’ailleurs il faut que j’arrête de les approcher à chaque fois : certains ont la gale…), des joueurs de dominos qui jouent avec vigueur dans la rue (les dominos -pour les hommes-, c’est un peu comme le thé au Maroc ou la partie de pétanque en France : un moyen de se retrouver), des improvisations musicales sur un trottoir (il n’y a pas à dire : les habitants des îles ont la musique et la danse dans les gênes, dans le sang, ou sont nourris au biberon avec ça dans leur enfance… Quoi qu’il en soit c’est rarement (jamais ?) désagréable à écouter !).

Cette balade me confirme qu’indéniablement, là où la population est en contact avec les touristes, la vie est totalement différente, et me conforte dans mon idée de découvrir le pays en auto-stop pour m’éloigner de tout ça.

P1040496 (800x600)

A la nuit tombée, nous nous baladons dans les rues, le flux de touristes diminue considérablement. On s’invite dans les demeures en jetant un coup d’œil indiscret au travers des grilles des fenêtres ou par les portes entrouvertes pour faire entrer la fraîcheur du soir qui offrent un aperçu de la vie locale : chaque maison avec ses particularités, ses couleurs, son atmosphère particulière… « Buenas noche, tenemos un restaurant muy bueno con langusta para usted ! ». Ah oui… sans oublier tous les « collecteurs de touristes » pour les restaurants ! Beaucoup moins charmant… impossible de déambuler tranquillement, ils sont partout dans le centre-ville et ne s’imaginent pas que vous puissiez vous balader en quête d’autre chose qu’un endroit pour manger.

P1040477 (800x481)

Puis retour à la casa (Anaïs et Loïc m’ont rejoint pour partager la chambre) ou nous testons la langouste de Félix qui travaille en tant que chef cuistot dans un restaurant du centre-ville. Coupée en deux et grillée avec une petite sauce, un régal !

DSC_1236 (800x533)

Nous quittons Trinidad le lendemain matin après un bon petit déjeuner copieux, direction Sancti Spiritus via la valle de los Ingenios.

Ananas, orange, pamplemousse, mangue, papaye et goyave frais

Ananas, orange, pamplemousse, mangue, papaye et goyave frais

1

Posted:

Categories: Caraïbes, Cuba

Flash back Cuba n°2 - Retrouvailles à Trinidad !

02.04.2013 : De Cienfuegos à Trinidad

Cuba - De Cienfuegos à Trinidad

Le lendemain, je rejoins la marina de Cienfuegos où le taxi m’attend dans la matinée. Nous allons ensuite récupérer deux Etats-Uniens (depuis que j’ai vu ce qu’était le continent américain, je me refuse à appeler les habitants des Etats-Unis des « américains » : l’Amérique c’est bien plus que les Etats-Unis) dans leur « casa particular » (ce qui correspondrait en France à des chambres d’hôtes). Le trajet dure environ 2h30 pendant lesquelles nous discutons et j’en profite pour prendre des photos de leur Lonely Planet pour me repérer un peu. Quelques kilomètres avant d’atteindre Trinidad, nous sommes arrêtés par la police : fumigation du véhicule et des bagages pour lutter contre les moustiques. Deux bus et plusieurs voitures sont arrêtées des 2 côtés de la route : pas d’ombres, un soleil de plomb, et il faut attendre son tour. Après une bonne demi-heure, tout le monde réalise que finalement la patrouille de fumigation est partie sans prévenir personne, et tout le monde se remet donc en route vers Trinidad… Ok.

Nous déposons les deux premiers passagers, je descends aussi pour vérifier s’il y a de .a place pour moi dans leur casa particular, mais négatif. Par contre sa sœur (qui en fait ne l’était pas) tient aussi une casa particular et aura sûrement de la place. Elle me propose de m’accompagner. Je marche et elle est à vélo, mais ça ne va pas assez vite pour elle, alors elle m’arrête un « tricycle » (ce sont des vélo-taxi) et nous voilà parties dans les rues de Trinidad.

Trinidad

Je trouve une chambre à 15 CUC (le prix le plus bas en général). Il y a un lit simple et un lit double : d’où l’intérêt économique de voyager à plusieurs à Cuba, le prix de la chambre ne change pas selon le nombre de lits. Il y a une grande et ravissante terrasse avec un bar et quelques tables et au fond, un petit pré dans lequel se trouve une biche… ! Il y a aussi des lapins qui se baladent en liberté et des sortes de gros lézards au mur.

Je discute un peu autour d’un verre avec la tenancière et celle qui m’a emmenée ici. Je réalise qu’en fait elles ne sont pas sœurs, la combine à Cuba c’est que si quelqu’un ramène des clients, il reçoit une commission sur le prix que le client paiera : soit le client paiera un peu plus cher, soit le tenancier réduira sa marge.

N’importe quel cubain peut ouvrir chez lui une casa particular (sous réserve de disposer d’une maison suffisamment grande, de lits, voir de sanitaires) mais il doit payer au gouvernement chaque mois 100 CUC sans quoi ce dernier met un terme définitif à sa licence. Il est donc parfois essentiel pour les casa de remplir leurs chambres, au moins pour toucher les 100 CUC. On trouve des casas très simples en immersion totale dans la vie familiales tandis que d’autres s’apparenteraient plus à des hôtels, parfois très classe. L’eau chaude pour la douche et l’air conditionné sont un plus que l’on ne manque pas de mettre en avant lorsque l’on souhaite vous faire venir !

Je file ensuite en quête de la casa d’Anaïs (ma cousine) et Loïc avec les explications de mon hôte. Et je les trouve en train de bouquiner sur les transat de la belle terrasse… Comme ça fait bizarre !! Retrouver des visages connus, de la famille, si loin, pendant mon voyage… ! Génial ! Nous discutons un peu puis ils m’emmènent dans les rues de Trinidad qu’ils connaissent déjà un peu.

DSC_1092 (534x800)

C’est magnifique ! Entre les rues pavées et le tourbillon de couleurs des maisons et des buissons de bougainvillier qui grimpent sur les murs, les musiques cubaines  d’un groupe en train de jouer dans la rue, ou qui s’échappent des restaurants, les voitures américaines, bien entendu les impressionnantes et imposantes demeures coloniales aux fenêtres grillagées, les larges places parfois bordées de palmiers royaux. Je m’émerveille et m’enivre de toutes ces nuances, ces gens, ces sons, cette ambiance…

DSC_1070 (800x388)

Bon, rien n’est parfait. A tous les coins de rues se trouvent des cubains pour vous rappeler que vous êtes un touriste et que ça se voit, que par conséquent vous avez de l’argent à dépenser et que vous êtes bienvenus pour le dépenser avec les personnes qui vous interpellent pour toutes sortes de choses. Ce que j’appelle le « harcèlement  touristique » : partout on nous propose des restaurants, des casa particular, des balades à cheval, un taxi, et ça en devient un peu oppressant. Pour les taxis, Anaïs répond « Tengo un coche » (j’ai une voiture) puisqu’ils en ont loué une : je prends note car c’est très efficace, et je l’ajoute au « No necesito nada, gracias » (je n’ai besoin de rien, merci) que j’avais appris avant de quitter le bateau qui me sert aussi très régulièrement. Ca fonctionnait même quand on nous proposait une balade à cheval, laissant la personne qui nous avait hélés interloquée de cette réponse absurde !

DSC_1069 (800x564)

En fin d’après-midi, nous nous éloignons de la ville pour atteindre le mirador de Vigia qui surplombe Trinidad et offre un point de vue sur la « Valle de los ingenios ». En chemin nous croisons une vieille femme qui tresse ses chapeaux de paille qui nous plaisent bien ! Nous suivons une piste en terre pendant une trentaine de minutes. Point de végétation luxuriante, mais une terre brûlée et quelques arbustes qui tentent de reprendre le dessus. Des rapaces planent au-dessus de nos têtes, quelques chevaux maigrichons broutent ce qu’ils peuvent trouver sur le bord du chemin. En 30 minutes, nous atteignons le sommet en haut duquel se trouve un bâtiment entouré d’un grillage. Le portail est ouvert, et un cubain vient à notre rencontre. Il s’appelle Noel, et il nous propose de nous faire monter un peu plus haut pour avoir un meilleur point de vue. Il garde le bâtiment ici : il reste 24 heures sur place puis a 2 jours de repos. Nous contournons le bâtiment, et escaladons une échelle peu engageante : le bois ne paraît plus très vigoureux, et l’échelle est bringuebalante, mais elle nous permet tout de même de nous hisser sur le toit bétonné et d’admirer la vue. Au nord, la valle de los Ingenios : une plaine de champs cultivés ou non, quelques rares fermes, et aù-delà, les montagnes sous les nuages. Nous apercevons quelques cavaliers, quelques fermiers dans leurs champs. Au sud, Trinidad au premier plan, une bande de terre, et la mer des Caraïbes. Nous profitons de la vue, écoutons les explications de Noel et amorçons le retour vers Trinidad.

DSC_1108 (800x507)

En arrivant dans le centre-ville, j’achète quelques mangues à un garçon installé sur un trottoir, nous trouvons des bières dans une épicerie (à Cuba on oublie les supermarchés : ils sont inexistants à part dans les grandes villes), et nous allons nous poser sur la terrasse de la casa d’Anaïs et Loïc pour refaire le monde. Nous terminons notre journée en allant manger à la taverne « La Botija », un endroit chaleureux, bien décoré et animé par un excellent groupe de musique. J’adore !

1

Posted:

Categories: Caraïbes, Cuba

Flash back Cuba n°1

Cuba c’était au début de mon voyage, mais mieux vaut tard que jamais, voici le récit !

31.03.2013 – Cienfuegos

Cuba - Cienfuegos

Je suis donc arrivée à Cuba à bord de Maita’i dans la ville de Cienfuegos au sud du pays. Et après avoir travaillé 3 jours intensément sous le soleil à bord pour préparer le bateau avant l’arrivée du propriétaire, je me suis lancée. Finalement, c’est là que commençait vraiment mon voyage : me voilà toute seule dans un pays inconnu, une langue inconnue, dans lequel même le lien Internet ne sera pas (on ne trouve des possibilités de se connecter que dans les grands hôtels des grandes villes, et si vous arrivez à consulter un mail en une demi-heure de connexion, soyez heureux !), je ne sais pas où je dors ce soir, ni comment je me rendrai demain à Trinidad. Je ne sais vraiment pas comment vont se passer les prochains jours ni combien de temps je resterai à Cuba, mais j’espère que je m’en sortirai comme je le prévois (c’est-à-dire, autant que faire se peut, en court-circuitant les hôtels, « casa particular », et bus).

Je n’avais pas prévu que je n’aurai pas accès à Internet, je n’ai donc aucune information pratique (monnaie, coutûmes, fonctionnement du pays), ni cartes du pays ou plan des villes et c’est à peine si je connais l’histoire du pays, et ici, pas la peine de compter sur un office du tourisme ou d’un « point d’informations ». Il y a quelques sociétés qui organisent des excursions, voilà tout. Peut-être est-ce différent à la Havane, le passage obligé pour de nombreux touristes, mais je n’ai pas prévu d’y passer de si tôt.

Cienfuegos

Cienfuegos

Dans ma tête, ni peur, ni angoisses, ni craintes, peut-être quelques doutes sur ce que j’entreprends, et l’envie de savoir si ce que je m’imagine depuis si longtemps est vraiment faisable. Cependant j’y crois, et je pense que c’est le plus important : si j’y crois, 50% du chemin est déjà fait (comme me l’a prouvé la préparation de mon voyage), et l’univers conspire à rendre possible ce à quoi l’on aspire.

Deux missions pour le moment :

  • Trouver un logement pour la nuit.
  • Mission numéro deux : trouver comment rejoindre Trinidad où ma cousine et son ami sont censés se trouver (ils passent 2 semaines de vacances à Cuba et par chance j’y suis au même moment !).

Je commence par me renseigner dans la marina (au moins ça parle encore anglais ici…) : on me parle d’un taxi le jour même pour Trinidad à 50$, et d’un autre à 30 $ le lendemain. Gloups ! C’est déjà trop pour moi… Je vais demander à d’autres personnes, et l’on me parle d’un bus à 6h30 le lendemain matin mais qui est un « bus nacional » (réservé aux cubains). J’aurais peut-être le droit de le prendre : les 2 personnes avec qui je parle ne sont pas d’accord à ce sujet, l’un pense qu’ils me refuseront l’accès au bus. Mon problème étant que le bus « réservé aux touristes » part à midi et demi : je risquerais d’arriver trop tard pour trouver ma cousine…  Je ne suis donc pas sûre de mon coup, mais ça se tente : va pour 6h30 ! Prix 3 CUC (1 € = 1,34 CUC) Reste à prévoir un taxi pour me rendre au terminal de bus (à priori c’est vraiment loin à pied).

Les rideaux de douche cubains sont... comment dire... surprenants et moches ?

Les rideaux de douche cubains sont… comment dire… surprenants et moches ?

Je laisse mes affaires près d’un bateau allemand qui jouxtait Maita’i pour me déplacer plus facilement (pour le poids) et plus discrètement (potentiellement tout le monde va me sauter dessus pour me proposer un hôtel car si j’ai un sac sur le dos, c’est que je n’ai pas encore trouvé d’endroit où le poser) et je me lance à la recherche d’informations. J’ai à peine parcouru 200 mètres, qu’un homme en vélo s’arrête et me lance « Trinidad mañana ? ». Et bien les nouvelles vont vite ! Il savait que je recherchais un moyen de me rendre le lendemain midi à Trinidad et avait un taxi partagé à me proposer. Je négocie un peu le prix et c’est d’accord : rendez-vous demain 10 heures pour 6 CUC, yihaaa !

Les rideaux de douche cubains sont... comment dire... surprenants et moches ?

Les rideaux de douche cubains sont… comment dire… surprenants et moches ?

En revenant au port, je papotais avec un employé et lui demandais où trouver un hôtel pas cher, il a fini par m’inviter chez lui, dans l’appartement où il vit avec sa grand-mère, son frère et sa belle-sœur. Le tout en espagnol décrypté, mimes et dessins… ! J’attends un peu qu’il termine sa journée, puis nous partons : il arrête une calèche tirée par un de ces chevaux faméliques et nous voilà en route sur la route principale, au milieu des voitures.

J’ai été accueillie par la grand-mère de Léodis qui vit dans l’appartement d’un petit immeuble : portes et terrasses sont grillagées… Vêtue d’une ample chemise de nuit blanche, elle se rassoit sur sa chaise à bascule devant la télévision. Léodis fait les présentations et explique d’où j’arrive. Il y a 4 chaises à bascule dans le salon autour d’une table basse, une terrasse donne sur la rue. Elle m’invite à prendre place sur une des chaises à bascule en face d’elle. Je lui fais comprendre que je la remercie de son accueil, nous tentons chacune quelques questions, sans réel succès… Elle me montre ses oiseaux en cage sur sa terrasse dont elle à l’air d’être si fière. Pour le reste, nous communiquons par sourires, expressions du visage, et attendons l’arrivée du frère de Léodis qui parle anglais en regardant la télévision. Au programme : reportage sur une région de Cuba, informations (principalement axées sur Cuba et les « pays amis » (Venezuela, Nicaragua…). Mis à part des déductions imagées, je ne pige pas un mot ! Parfois la télévision se coupe pour une durée indéterminée…

La grand-mère

Arrive la belle-sœur de Léodis qui rentre du travail. Elle me salue, les présentations sont faites. En arrivant elle va se changer pour revêtir aussi une « chemise de nuit ». Elle ne parle pas anglais, mais nous tentons de communiquer. Elle m’interroge sur mon voyage que je tente de raconter en mimes, en utilisant le peu de mots que je connais en espagnol, le dessin (pour le mot « tente »), et une application « dictionnaire » sur mon téléphone mais qui est très approximative, je comprends rapidement que c’est une sorte de dictionnaire « participatif » et les mots traduits ne le sont pas toujours dans le bon contexte. Mais je n’ai rien d’autres.

Sa fille

Son mari arrive un peu plus tard, il parle anglais ! Lui et sa femme travaillent pour un hôtel, et une agence de tourisme. Ils m’offrent un jus de papaye frais, et à manger des spaghetti à la sauce tomate recouvert de fromage râpé. Le frère de Léodis me montre les bonzaïs qu’il est en train de faire : il donne des formes à de petits arbustes au fur et à mesure de leur croissance, ça me donne des idées !

Nous passons une bonne soirée à discuter de tas de choses, je pose des questions sur ce qu’il y a à voir à Cuba, mais ils n’ont pas eu l’occasion de voyager beaucoup. Je me demande comment ils me perçoivent, l’idée qu’ils doivent se faire de moi qui débarque comme ça dans leur quotidien, arrivée de France en bateau après 38 jours de navigation, sans parler leur langue, sans travailler, sans savoir combien de temps je passerai à Cuba (je tablais sur 2 à 3 semaines), sans savoir non plus comment je quitterai le pays, et je parle de partir visiter leur pays en faisant du stop… J’aimerais entrer dans leur tête pour voir les réactions et lire les pensées. En tout cas, quelles qu’elles soient, ils sont vraiment très accueillants et nous passons une bonne soirée.

3

Posted:

Categories: Caraïbes, Cuba

Présentation

Partie début 2013, je sillonne les routes au gré du vent à la découverte de l'Autre. De l'Atlantique aux Caraïbes, de Cuba à Panama, de Bolivie à l'Equateur, je vous invite à découvrir avec moi une partie du monde dans lequel nous vivons.

Partie début 2013, je sillonne les routes au gré du vent à la découverte de l'Autre. De l'Atlantique aux Caraïbes, de Cuba à Panama, de Bolivie à l'Equateur, je vous invite à découvrir avec moi une partie du monde dans lequel nous vivons.